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Corinne Lepage présente son programme présidentiel

Corinne Lepage présente son programme
Corinne Lepage est farouchement hostile à la poursuite du chantier EPR de Flamanville (Manche)

La présidente de Cap21 n’est pas sûre d’obtenir les cinq cents parrainages nécessaires à sa participation à la campagne présidentielle, dix ans après sa première candidature. Ce qui n’a pas empêché Corinne Lepage de présenter un programme au sein duquel la protection de l’environnement occupe sans surprise une place de choix. Une belle bouffée d’oxygène en ces temps où la crise économique monopolise le débat.

L’ancienne ministre de l’Ecologie, qui nous a accordé un long entretien en novembre dernier, nous avait prévenus : toutes ses mesures seront chiffrées. Cette virulente adversaire de Nicolas Sarkozy, par ailleurs allergique à la démagogie, a tenu parole. Travailleuse infatigable, environnementaliste convaincue, hostile à ce qu’on pourrait appeler les « ratatouilles politiciennes », pour paraphraser feu Raymond Barre, Mme Lepage la joue solo mais ne navigue pas à vue pour autant. L’eurodéputée connaît en effet ses dossiers sur le bout des doigts.

Parce que les temps sont particulièrement durs, elle veut aussi dire la vérité à nos concitoyens, aussi difficile à entendre soit-elle. Morceaux choisis : « Je ne veux pas que l’on continue à (faire croire aux Français) qu’on va résoudre (leurs problèmes) en colmatant les brèches à coup de mesures “sparadrap”, comme c’est malheureusement le cas à l’occasion de cette élection. Si nous en sommes arrivés à une telle accumulation de problèmes, c’est que les vieilles recettes ne fonctionnent plus (…) ». Pour y remédier, de la rigueur certes, mais aussi – surtout – un nouvel élan, des revirements complets, et une batterie de mesures innovantes pour que l’Hexagone sorte la tête de l’eau. Et que les Français, plutôt que de subir les changements, en deviennent les acteurs. « Je propose de les aider à créer un nouveau modèle de société qu’ils seront fiers de transmettre à leurs enfants, une société soudée par une forte cohésion sociale et dans laquelle l’économie sera au service de l’homme et non pas le contraire, comme c’est le cas aujourd’hui. Une société dans laquelle l’épanouissement et le bien-être individuels et collectifs seront de nouvelles formes de prospérité », insiste-t-elle.

Pour ce faire, l’ancienne vice-présidente du MoDem a défini cent priorités d’action. Partisane d’une troisième révolution industrielle, dont les technologies propres et de l’innovation seraient deux des piliers, et qui consisterait entre autres en une sortie progressive de la tutelle du nucléaire, elle a fait ses comptes : « A minima, les objectifs indiqués par le syndicat des énergies renouvelables (SER) comme étant industriellement tout à fait possibles doivent être atteints, soit 25 % des énergies renouvelables dans la consommation en 2020 pour atteindre 34 % dans la consommation finale d’énergie en 2030. Cela représente un investissement de 70 milliards d’euros (…) et, hors bâtiment, la création de 130 000 emplois directs et indirects nets d’ici 2020 ». Et d’évoquer l’audit qu’a publié la Cour des Comptes fin janvier, dont les conclusions justifient à ses yeux l’arrêt du chantier du réacteur EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville (Manche) : « Comme l’a noté la Cour des Comptes, notre absence de stratégie fait que nous n’avons aucune solution autre que la montée en puissance des énergies vertes pour la troisième décennie du XXIe siècle, faute d’avoir engagé la construction de 11 EPR au coût pharaonique de 6 à 8 milliards l’unité et sans garantie de bonne fin. Or, un ou deux EPR n’ont aucun sens économique, d’autant plus que la durée de vie est de 60 ans, ce qui signifie que, pour ceux qui croient au nucléaire de la quatrième génération, on construit des installations déjà obsolètes à l’échelle du milieu de siècle. Pour cette raison, je propose d’arrêter net la construction de tout nouveau réacteur, y compris celui de Flamanville. En effet, la construction d’un seul réacteur nucléaire est un non-sens économique et financier. Il ne se conçoit que comme une tête de série et, à partir du moment où la décision d’abandonner la série est prise, celle d’abandonner Flamanville est inéluctable ».

Grand SOLEIL pour les énergies renouvelables

Très éloignées des vues énergétiques de M. Sarkozy et de François Hollande, tous deux opposés à l’idée d’un abandon définitif de l’atome, la présidente de Cap21 prône par ailleurs la constitution d’un « EADS de l’énergie », le déploiement d’une contribution carbone et considère qu’Areva, qui fait il est vrai partie des candidats à l’appel d’offres gouvernemental sur l’éolien offshore, « commence à prendre conscience que son avenir se trouve dans les énergies renouvelables ». « Il se trouve également dans les technologies de démantèlement (…) Il est impératif que cette nouvelle stratégie de la reconversion soit mise en œuvre le plus rapidement possible de manière à pérenniser l’emploi, voire à le développer dans ces nouvelles filières », estime-t-elle. Celles-ci feront l’objet d’un programme malicieusement baptisé « SOLEIL » (SOLutions Energétiques d’Investissements à Long terme) « qui liera un plan et un Fonds destiné à assurer un financement pérenne sur 30 ans de la transition énergétique ».

Tout comme les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), la sobriété et l’efficacité énergétiques, indispensables pour que la France puisse redéfinir son bouquet et pour alléger la facture d’électricité, bénéficieront elles aussi de mesures spécifiques renforçant les dispositions prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Parmi elles, un vaste « plan de rénovation des bâtiments publics anciens », la mise en place d’une « tarification progressive de l’électricité, du gaz et de la chaleur consommés », l’« interdiction des pratiques de surconsommation et des usages inutiles et énergivores (panneaux publicitaires électriques, véhicules publicitaires etc.) », l’instauration d’une « taxation des transports internationaux afin de limiter leurs émissions » ou encore la « mise en place d’une stratégie nationale vélo pour combler le retard français en ce domaine ».

En ce qui concerne la recherche, c’est écrit en gras : Mme Lepage souhaite « abandonner clairement la primauté donnée à la recherche sur les OGM et inciter en parallèle à la sélection de variétés mieux adaptées aux conditions climatiques nouvelles ». Dans le même esprit, elle s’engage à « protéger la réutilisation des semences individuelles » et à abroger le « décret nitrates » qui, loin de favoriser le déploiement d’un modèle agricole plus respectueux de l’environnement, autorise une augmentation de 20 % des épandages d’azote au sol. De quoi s’exposer à la vindicte de la Commission européenne, qui a déjà Paris dans le viseur, et altérer davantage la qualité des eaux françaises.

L’eurodéputée souligne enfin la nécessité de « produire local », pour des raisons sanitaires et écologiques évidentes, ce qui passe entre autres par l’alignement des aides et subventions en fonction de critères basés sur le respect de l’environnement, sur un « développement massif des AMAP (Associations de Maintien d’une Agriculture Paysanne) » et sur une limitation de l’extension du réseau et des aménagements routiers « au strict nécessaire afin de réduire au maximum les pertes de foncier agricole ».

Mme Lepage a beaucoup d’idées et de l’énergie à revendre. Grande spécialiste des questions environnementales, elle a pris son temps pour concocter un programme cohérent, à la fois audacieux et pragmatique, et qui n’élude aucun sujet. Loin des discours populistes et autres vues de l’esprit, ses propositions empreintes de bon sens consistent aussi, pour certaines, à bousculer les conservatismes les plus nuisibles. Il serait d’autant plus navrant qu’elle ne dispose pas des soutiens d’édiles nécessaires pour pouvoir le défendre.

Crédits photos : flickr / corinnelepage - Friends of Europe
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