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Compensation carbone : scandales en Ouganda

Compensation carbone : scandale en Ouganda
Les projets de plantations d'arbres ne sont pas toujours sans conséquences désastreuses pour les populations...

Compenser c’est bien, ne pas polluer à la base c’est mieux. Pour louable qu’elle soit sur le papier, la démarche volontaire initiée par l’organisation néerlandaise FACE (Fondation des forêts absorbant des émissions de dioxyde de carbone) et l’Autorité ougandaise de la faune (UWA) de pallier l’excédent carbone d’une centrale thermique de six cents mégawatts (MW) de capacité de la Dutch Energy Generating Board (Pays-Bas) le prouve une nouvelle fois.

Alors que les crédits devaient être vendus à l’entreprise néerlandaise Greenseats - qui compte des clients occidentaux, essentiellement des compagnies aériennes, et qui s’est finalement retirée -, ce programme ayant une durée de vie garantie de quatre-vingt dix-neuf ans suscite l’ire de populations locales désespérées depuis de longs mois. Et pour cause : quoique certifié par le FSC (Forest Stewardship Council), il a entraîné le déplacement de plus de vingt mille Benets de la région du Mont Elgon, à l’est de l’Ouganda, non loin de la frontière kényanne. Des populations chassées de leurs terres, investies par les arbres à hauteur de plusieurs milliers d’hectares et sur lesquelles elles avaient élu domicile depuis plus de deux siècles.

Président du Groupe de pression des Benets, une organisation qui comme son nom l’indique défend les droits de cette tribu, Moïse Mwanga a déclaré en marge d’une visite dans la région que les expulsions ont provoqué d’atroces souffrances. Les agriculteurs et les éleveurs ont plié bagage, leurs maisons et leurs cultures ont été détruites, tandis que le bétail a été confisqué et que rien n’a été prévu pour les reloger. « C’est notre domicile, pas simplement une forêt. Maintenant, les personnes expulsées vivent dans des conditions déplorables », déclarait M. Mwanga fin 2009.

« Nous transférer, c’est nous enterrer »

Jadis chef de commune et depuis devenu squatteur, Mejje Christopher résumait ainsi les nouvelles conditions de vie des Benets : « nous avons été réduits à la mendicité auprès des parents et à la migration vers des zones urbaines où la vie est dangereuse […] Nous transférer signifie nous enterrer, complètement. Nous voulons rester dans notre zone et nous développer ». Plus d’un an et demi après, ses revendications n’ont toujours pas été entendues et elles ne le seront sans doute jamais, alors même que certains arbres qui ont été plantés « n’ont traditionnellement pas poussé ici », souligne Moses Kiptala, le trésorier du Groupe, et que la Haute Cour de l’Ouganda, considérant que les Benets sont les autochtones des zones actuellement intégrées au Parc National du Mont Elgon, leur a accordé le droit de les reprendre en 2005 (!)

Et le militant Thimothy Byakola de préciser que « des gens franchissent clandestinement les limites du parc la nuit et déracinent les jeunes arbres nouvellement plantés » en signe de protestation. Leur fronde n’a pas eu raison de la détermination de décideurs qui se défendent comme ils peuvent, à l’image du directeur de l’UWA au Mont Elgon Richard Matanda, selon lequel les expulsions ne trouvent pas leur source dans le déboisement. « Ces gens avaient empiété sur les terres forestières et la région devait être conservée. Ils ont été déplacés afin de replanter des arbres dans la zone en vue de la conservation de la faune. Tout ce que nous faisons dans ces zones – même les expulsions – doit être conforme à la gestion responsables des forêts et aux lois de l’Ouganda », a-t-il indiqué.

À qui la faute alors ? Aux instigateurs de ce projet socialement dramatique, qui ont sans doute péché par précipitation ? Au FSC, qui pourrait l’avoir certifié trop rapidement, sans avoir mesuré ses répercussions démographiques ? Le « crime » ne semble en tout cas profiter à personne, pas même à l’environnement, les ventes de crédits carbone étant très loin des objectifs initiaux.

À l’ouest du pays aussi, des agriculteurs ont tout perdu et ne sont aujourd’hui plus en mesure de nourrir leur progéniture. Ils ont dû céder la place à la New Forests Company, entité britannique en partie détenue par la banque HSBC et également implantée au Mozambique et en Tanzanie, « pour planter des arbres, gagner des crédits carbone et finalement vendre le bois », rapportent nos confrères du Guardian. L’armée et la police auraient même procédé à plusieurs vagues d’évacuations par la force jusqu’à l’année dernière et des tribunaux ougandais ont été saisis. Les litiges fonciers sont malheureusement monnaie courante dans le pays.

Quant aux projets de compensation carbone, il serait de bon, là-bas et ailleurs, d’évaluer leurs éventuels dommages collatéraux. Le cas de ces agriculteurs ougandais n’est en effet certainement pas isolé.

Crédits photos : flickr – treesftf
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  • polo

    Aouch !

  • daniel d

    Ce qui prouve bien que l’enfer est pavé de bonnes intentions…