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Les milieux écologistes, qui attendaient une interdiction « formelle » et définitive, devront se contenter d’un moratoire.
« On nous dit en substance : sauvons l’espèce, mais pas tout de suite ! Le délai demandé pour mettre en œuvre l’interdiction du commerce international est absurde : cela revient à passer à l’action après la bataille pour la survie du thon rouge ! » François Chartier, chargé de campagnes Océans au sein de l’association Greenpeace, ne décolérait pas après les déclarations de Jean-Louis Borloo sur ZE sujet brûlant du moment, l’interdiction du commerce international du thon rouge, poisson surexploité et dont la communauté scientifique dans son ensemble s’accorde à dire qu’il est menacé d’extinction.
Dix-huit mois de délai
Les passions s’étaient en fait déjà déchaînées avant le 3 février, date à laquelle Paris a officialisé sa position. Ces dernières semaines, les associations ont en effet, à tour de rôle, tapé du poing sur la table pour que la France – comme l’Italie – s’engage fermement pour la prohibition de cette pêche devenue à leurs yeux indécente.
Le 12 janvier dernier, la Secrétaire nationale des Verts leur a emboîté le pas en appelant le gouvernement à avoir le « courage politique » de prendre cette décision « d’une simplicité absolue ». Et Cécile Duflot de dénoncer au passage une « frilosité » générale du pouvoir en matière de préservation de la biodiversité, priorité environnementale de l’année. La veille, Chantal Jouanno, secrétaire d’État à l’Écologie, avait quant à elle réclamé l’application de la position de Nicolas Sarkozy qui, voulant peut-être se prémunir contre le courroux associatif, s’était prononcé l’été passé en faveur de l’interdiction de la pêche du thon rouge.
Un sondage publié à la même époque a enfin fait apparaître que 65 % des Français partageaient les desiderata initiaux du locataire de l’Élysée »).
Las ! Le ministre de l’Ecologie souhaitait lui aussi une proscription totale mais le fait est que son homologue de l’Agriculture, Bruno Le Maire, doit composer avec les pêcheurs qui, le contraire eût été étonnant, ont une position moins radicale.
Il a donc fallu trancher, et le compromis politiquement souhaitable mais écologiquement discutable s’est traduit par une application in fine différée de dix huit mois. Un délai qui, aux dires de Jean-Louis Borloo, permettra d’attendre les conclusions des prochaines expertises scientifiques – en octobre prochain et en février 2011 – sur l’état des stocks de l’espèce.
La France a par ailleurs exigé des garanties de l’Union Européenne (UE) sur des aides à la reconversion et fait du maintien de la pêche côtière artisanale destinée au marché intérieur une autre condition à l’inscription du thon rouge à l’annexe I de la Convention internationale sur les espèces sauvages (Cites) (NDLR : Le commerce du thon rouge, utilisé notamment dans la fabrication des sushis, concerne pour l’essentiel les exportations de l’Atlantique et de la Méditerranée vers le Japon).
Critiques
Loin de correspondre à ses attentes, la position hexagonale a été vivement critiquée par Greenpeace, qui a souligné dans un communiqué qu’il reste désormais moins de 15 % de thons rouges dans la Méditerranée (NDLR : le stock de thons rouges aurait aussi chuté de 82,4 % dans l’Atlantique entre 1970 et 2007). L’ONG a par ailleurs accusé la majorité d’acheter « la paix sociale avec les pêcheurs, dans une période d’élections régionales ».
Ne parlant plus que d’une seule voix, MM. Borloo et Le Maire ont justifié le « stand-by » gouvernemental par un souci de « légitimité » à l’égard des pêcheurs. Le ministre de l’Environnement a par ailleurs jugé que « la possibilité de maintenir la pêche artisanale ne (menaçait) pas la ressource » dans la mesure où elle ne puiserait « que » 10 % du quota, tout en considérant qu’il s’agissait d’une décision « lourde mais nécessaire ».
Les syndicats de thoniers sont également montés au créneau. Président du syndicat des thoniers méditerranéens, Mourad Kahoul a ainsi estimé que la profession allait vers « une grosse crise ». Le chef de l’État pourrait bientôt le recevoir dans le cadre de la réunion d’urgence demandée par ailleurs.
En attendant, quand bien même la pêche du thon rouge serait selon certaines sources en léger recul, les volumes de captures dépassent largement les taux autorisés et la surexploitation toujours de rigueur porte atteinte au potentiel de reproduction de l’espèce.
Un conseiller du gouvernement a précisé que le moratoire devrait débuter le 25 mars, c’est-à-dire après la réunion de Doha (Qatar), au cours de laquelle l’Assemblée Générale des 175 États parties à la Cites statuera sur l’interdiction de la pêche.
Tout indique que la France, épinglée par la Commission Européenne, qui lui reproche de ne pas contrôler suffisamment les captures de ses pêcheurs, y jouera un rôle essentiel.

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