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Climat : Coup d’envoi de la conférence de Bonn

Climat : Coup d'envoi de la conférence de Bonn
Le patron du climat à l'ONU Yvo de Boer (à dr., ici aux côtés du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen et de l'ancien Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan) participe à Bonn à son dernier sommet international sur le climat. Il passera en effet le relais à la Costaricienne Christiana Figueres le 1er juillet.

Dernier grand sommet international sur le climat avant le grand rendez-vous de Cancun, la conférence de Bonn s’est ouverte hier. Les experts s’accordent à dire que la concorde mondiale n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Déjà théâtre d’une réunion sur le sujet en avril, l’ex-capitale fédérale accueille jusqu’au 11 juin les représentants de cent quatre-vingt deux pays. « L’humeur est au réalisme et à l’idée qu’il faut accepter des évolutions progressives plutôt qu’un accord « big-bang » qui a été tenté à Copenhague et a abouti à un flop », a déclaré Saleemul Huq, membre de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED).

Des propos identiques sur le fond avec ceux d’Yvo de Boer, « Monsieur climat » de l’ONU pour quelques semaines encore qui le mois dernier avait emboîté le pas des experts d’ores et déjà persuadés que la rencontre de Cancun, qui se tiendra du 29 novembre au 10 décembre prochains, ne pouvait se solder par un déblocage de toutes les négociations.

Retentissant, l’échec de Copenhague reste de fait dans toutes les mémoires et incite à la plus grande prudence.

L’aide budgétaire aux pays en développement (PED), une question centrale

À Bonn il sera de nouveau question de la déforestation, que le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) voit comme la deuxième cause principale du dérèglement climatique et qui vient de faire l’objet de deux conférences à Paris et Oslo en l’espace de deux mois, et du transfert des technologies « vertes » dans les pays en développement (PED). L’effort financier qu’il faudra consentir envers ces derniers pour qu’ils supportent mieux une hausse des températures à laquelle ils seront exposés au premier chef tiendra également une place de choix dans les pourparlers.

La concrétisation des engagements pris à Copenhague sur ce sujet – déblocage de trente milliards de dollars (environ vingt-quatre milliards cinq cents millions d’euros) d’ici à 2012 et de cent milliards de dollars (quatre vingt-deux milliards d’euros) à compter de 2020 – tarde en effet à venir, provoquant leur ire. « Bien sûr les temps sont durs, particulièrement en Europe, mais pour l’ensemble des pays industrialisés dégager dix milliards de dollars par an n’a rien d’impossible [...] L’une des difficultés est qu’il n’y a pas de calendrier [...] L’argent commence à arriver par différents canaux mais je ne suis pas en mesure de dire si c’est conforme au calendrier car il n’y en a pas », a estimé  sans langue de bois M. De Boer, qui transmettra le flambeau à la diplomate costaricienne Christiana Figueres au début de l’été. Il aura peut-être d’ici là su user de toute son influence pour amener les pays riches à presser le pas.

Quelle place accorder à l’accord paraphé en catastrophe à Copenhague ?

On saura aussi incessamment si les délégations partiront de cette base ô combien fragile et sans valeur du point de vue juridique que constitue l’accord conclu à Copenhague en décembre, lequel n’a toujours pas été formellement adopté et n’a pas emporté l’adhésion unanime des décideurs rassemblés dans la capitale danoise.

Faut-il tout remettre à plat, et donc davantage tenir compte du point de vue des PED, lesquels n’ont pas, pour nombre d’entre eux, donné leur assentiment à ce texte bancal ?  Au contraire doit-on poursuivre les négociations à partir d’un accord certes très incomplet mais qui entérine la nécessité de mener une politique climatique concertée à l’échelle internationale ?

Présidente du groupe de travail AWG-LCA (Ad Hoc Working Group on a Long-term Cooperative Action), la Zimbabwéenne Margaret Mukahanana-Sangarwe a quoi qu’il en soit rédigé il y a une dizaine de jours un texte d’une quarantaine de pages qui a vocation à « orienter » les tractations. Reprenant plusieurs points de l’accord de Copenhague, il manque néanmoins, et pour cause, de données chiffrées et laisse de nombreuses questions en suspens.

« Restaurer la confiance »

L’autre enjeu essentiel de la conférence de Bonn sera de « restaurer la confiance entre les pays développés et les PED », dixit M. De Boer, qui sait mieux que quiconque qu’elle est passablement ébranlée, ainsi qu’en a aussi témoigné la détermination affichée par les États sud-américains réunis – et unis – lors du sommet alternatif de Cochabamba (Bolivie) fin avril.

L’heure est encore à la méfiance, à la défiance même. On se cherche, on se jauge, et certains sans-grade, ceux-là même qui avaient montré les crocs en Bolivie, ont officiellement exprimé leur refus d’entamer les discussions à partir de la feuille de route dressée par Mme Mukahanana-Sangarwe, jugée trop proche d’un accord de Copenhague dans lequel ils ne se sont jamais reconnus.

Rien de surprenant au vu de la posture prise lors de cette réunion dissidente qui s’était achevée sur un message limpide à destination des pays industrialisés, lesquels, s’il semble clair qu’ils ne cèderont pas à l’ensemble des revendications des PED, vont devoir composer avec des intérêts dont tout porte à croire qu’ils seront férocement défendus.

Selon Alf Wills, responsable de la délégation sud-africaine, le nouveau texte serait en outre trop focalisé sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre (GES) réclamées aux pays pauvres, et a contrario n’insisterait pas assez sur les objectifs que doivent se fixer les principaux pollueurs en la matière.

Au total, l’ultime réunion avant Cancun débute donc dans un contexte tendu. L’enjeu reste le même – accorder ses violons pour ne pas affoler le thermomètre mondial – mais aucune pomme de discorde n’a disparu.

Il serait souhaitable que le sommet de Bonn débouche sur des avancées, au moins dans les intentions, pour rassurer une opinion publique mondiale qui a été passablement désappointée par ce qu’elle a vu à Copenhague et surtout pour que la conférence mexicaine débute sous les meilleurs auspices possibles. L’histoire ne repasse pas souvent les plats et la préservation de la planète mérite de s’asseoir sur ses rancoeurs. À plus forte raison lorsqu’il y a urgence.

Crédit photo : Wikimedia commons – World Economic Forum
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