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Catastrophe de Bhopal : La Cour suprême se plie aux injonctions de l’opinion publique

Catastrophe de Bhopal : La Cour suprême se plie aux injonctions de l'opinion publique
Le triste anniversaire de la catastrophe industrielle de Bhopal est commémoré chaque année par des milliers de victimes qui désespèrent que justice soit faite. La décision de la Cour suprême indienne de réexaminer les condamnations prononcées en juin par un tribunal de Bhopal est sans doute le premier signe encourageant depuis plus d'un quart de siècle

Sept anciens cadres indiens de l’usine de pesticides de la ville pourraient voir leurs peines d’emprisonnement revues à la hausse.

C’est la plus grave catastrophe industrielle de l’histoire de l’humanité. Une catastrophe qui, comme beaucoup d’autres, aurait pu être évitée. Sauf que, malgré les signes avant-coureurs de l’explosion du 3 décembre 1984, les responsables de l’usine de pesticides Union Carbide de Bhopal (centre de l’Inde) se sont obstinés à l’exploiter envers et contre tout et à ne rien changer, ou bien trop peu.

Informés des risques qu’encourait la population, les décideurs locaux sont aussi à blâmer, eux qui ne voyaient que trop bien l’intérêt économique que représentait la présence de la multinationale américaine dans cet état du Madhya Pradesh en mal d’emplois et qui se sont laissés délibérément endormir par ses arguments sonnants et trébuchants. Ils ont été immensément passifs. Les dirigeants de cette usine de la mort, eux, se sont comportés comme des cowboys, poussant le cynisme jusqu’à prétendre que les nombreuses déficiences à la sécurité pointées lors d’une inspection en 1982 avaient été corrigées et jusqu’à troquer une partie du personnel qualifié contre des employés peu voire pas formés. Il s’agissait d’alléger la masse salariale et ainsi de compenser en partie la baisse des ventes…

Rancune et indignation

À chaque date anniversaire, l’étrange rituel se répète. Il y a quelque chose de vaudou dans cette procession populaire à la solennité noire et que la dramatique suite des événements a rendu encore plus compréhensible. Les cris de colère fusent, les mannequins des anciens responsables, dont celui du PDG d’Union Carbide Warren Anderson – déclaré fugitif par le chef judiciaire de Bhopal en février 1992 – , sont jetés au feu. La rancune des victimes, collatérales ou non, est savamment mise en scène.

Elle est surtout intacte, c’est pourquoi la décision de la Cour suprême indienne, à défaut de pouvoir complètement l’effacer, constitue pour ces vies brisées un formidable motif d’espoir. L’espoir que, vingt-six ans après, et alors que les conséquences de la catastrophe continuent de se faire sentir, rendant l’oubli impossible, justice leur soit enfin rendue.

Deux ans de prison avec sursis assortis d’amendes dérisoires – cent mille roupies, soit environ mille sept cents euros - , c’était bien trop peu pour une écrasante majorité de l’opinion publique. Un simulacre de condamnation prononcé en juin à l’encontre de ces sept mercenaires (NDLR : Dont Keshub Mahindra, actuel président du conglomérat Mahindra et Mahindra), responsables irresponsables qui avaient fait appel mais qui, toutefois, ne peuvent plus s’attendre désormais à ce que le temps qui a passé leur permette de s’en tirer à bon compte. C’est que « la Cour suprême a décidé (avant-hier) de réexaminer son propre jugement qui a conduit à une sanction plus légère de deux ans d’emprisonnement pour les accusés », a rapporté l’agence Press Trust of India.

« Un grand pas »

Elle a donc accédé à une requête du gouvernement fédéral pour rouvrir le dossier. Quoique les précédentes demandes en ce sens ont été rejetées par les autorités américaines, leurs homologues indiennes s’emploient en outre à rassembler de nouvelles preuves pour les convaincre d’extrader Warren Anderson, quatre-vingt neuf ans, le sang de plusieurs milliers de personnes sur les mains et une effroyable capacité à échapper à ses responsabilités (certes avec le concours actif des juges).

Eu égard à l’infinie lenteur du système judiciaire indien, également réputé pour être gangréné de l’intérieur, l’ex-PDG risque cependant fort de trépasser sans avoir passé une seule minute de son existence en prison.

Plus largement la plupart des observateurs ne se font guère d’illusions quant à une aggravation des peines dans un futur proche. « Avec toutes les tactiques de report, je crains que cela prenne trop longtemps », a ainsi prédit Abdul Jabbar, membre de l’organisation d’aide aux femmes victimes de Bhopal, qui plaide pour la création d’un « tribunal spécial ».

Aux dires de Satinath Sarangi, membre du groupe de Bhopal pour l’information et l’action, lequel regroupe cinq associations, la décision de la Cour suprême est tout de même « un grand pas dans la réparation des nombreux torts (qu’elle a causé) ». « Nous sommes ravis et la possibilité que les Indiens accusés aillent en prison pour dix ans est maintenant beaucoup plus réel », a-t-il ajouté.

La requalification des chefs d’inculpation en homicides – les sept accusés avaient dû répondre de « mort par négligence » – est en effet envisageable.

L’explosion de l’usine Union Carbide a officiellement provoqué la mort de trois mille cinq cents personnes. Des associations ont cependant évoqué le chiffre de vingt-cinq mille décès. Quel que soit leur nombre exact, Bhopal vaut bien un procès équitable. Il n’est jamais trop tard pour mieux faire.

Crédit photo : Wikimedia Commons – Yann (talk)
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