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BP lorgne sur l’Arctique

BP lorgne sur l’Arctique
C’est sous cette banquise que BP envisage d’exploiter les gigantesques gisements de la mer alaskienne de Beaufort. Grâce à une petite subtilité sémantique ce projet d’extraction est toutefois considéré comme terrestre par les autorités

Qui parlait de prise de conscience écologique unanime ? L’appel du large a de nouveau sonné aux oreilles des dirigeants de BP. La multinationale britannique a beau sérieusement pâtir de la marée noire provoquée par l’explosion de Deepwater Horizon elle envisage de plus en plus sérieusement de concrétiser un projet de forage très risqué en Arctique.

Ce n’est ni le premier ni le dernier groupe à avoir des vues sur les gisements du Grand Nord mais le fait que BP participe à cette course folle aux hydrocarbures venus du froid ne manque pas de saveur. Le nouveau graal pétrolier que veut exploiter l’entreprise à l’origine du « 11 septembre écologique » de Louisiane a pour nom Liberty, joli numéro d’humour forcément noir. Ce monumental projet d’extraction situé dans la mer de Beaufort pourrait lui rapporter gros. Et coûter très cher à l’environnement.

Un moratoire ? Quel moratoire ?

L’exploitation des hydrocarbures dans ces hautes latitudes induit en effet des risques supplémentaires par rapport à l’extraction « classique » dans des eaux plus chaudes comme celles du Golfe du Mexique, où BP a déjà fait étalage de sa mauvaise appréhension des questions de sécurité. Entre les côtes déchirées, les conditions climatiques extrêmes, les glaces dérivantes et les écosystèmes fragiles, la liste des dangers qui guettent ce type d’opérations est quasi-infinie. En cas de catastrophe le déploiement des secours serait par ailleurs nettement plus long et difficile qu’en Louisiane. Mais quid de ces risques quand on sait que ce gisement pourrait héberger jusqu’à cent millions de barils ?

Le cynisme de BP n’a guère de limites puisque le Liberty Project a la petite particularité de ne pas tomber sous le coup du récent moratoire de Barack Obama sur les forages en haute mer, même si ce dernier vient d’être rejeté par la Cour d’appel de la Nouvelle-Orléans. Le groupe britannique a en effet bénéficié de la « bienveillance » de ses prédécesseurs qui avaient construit deux îles artificielles en 1987 dans la région pour exploiter un précédent gisement nommé « Endcott ». Or le fait que le percement se fasse à partir de ces îlots permet de faire passer leur opération du statut de maritime à celui de terrestre, ce qui l’exclut de facto du champ du moratoire Obama.

Les écologistes sur le qui-vive

Déjà bien échaudés par les projets de Shell, de Chevron et de Cairn Energy, les écologistes ont exprimé leurs vives préoccupations. Membre de Greenpeace Alaska, Melanie Duchin considère ainsi que « le projet va aux limites de la technique actuelle ». Il y a deux ans, alors que les premières informations sur Liberty circulaient, les défenseurs de l’environnement étaient partagés entre le fait « rassurant » que BP envisage un forage sous-terrain à l’horizontale, moins impactant sur l’écosystème qu’un forage traditionnel à la verticale, et les nombreux dangers qui planaient déjà sur les espèces animales de la région. L’inquiétude est désormais unanime.

Ce n’est également pas la première fois que BP s’aventure dans ces contrées et est à l’origine de crises écologiques. La baie de Prudhoe avait en effet connu en 2006 d’importantes fuites de pétrole échappées d’un pipeline local. Les autorités américaines s’étaient en outre alarmées en avril dernier de l’état déplorable dans lequel se trouvait l’oléoduc Trans-Alaska, crainte d’ailleurs justifiée par de récents dysfonctionnements et des témoignages accablants d’employés sur place.

Dans une lettre ouverte envoyée au Secrétaire d’Etat à l’Intérieur américain Ken Salazar le 1er juillet des ONG comme Greenpeace et le Sierra Club ont demandé aux autorités de reporter tout permis d’exploitation à BP pour ce Liberty Project tant qu’un audit environnemental de la zone n’aura pas été effectué. Le  sénateur démocrate du New Jersey Frank Lautenberg a également fait part de ses craintes face à ce nouveau projet. « Les récents évènements montrent que quand le Département à l’intérieur autorise de nouvelles techniques risquées de forage en l’absence de technologies fiables et prouvées comme telle pour arrêter des fuites, on court à la tragédie »,  a-t-il déclaré à Michael Bromwich, nouveau directeur du Bureau of Ocean Energy Management, Regulation and Enforcement, détachement spécialisé de ce même Département.

Ils ont déjà remporté une première bataille puisque, selon le porte-parole de BP Robert Wine « (le groupe espérait) commencer le forage d’ici à la fin de l’année mais il est plus probable que cela ne se fasse qu’en 2011 pour un début de production la même année ». A l’opinion publique américaine et aux écologistes de se mobiliser s’ils veulent exploiter ce report et empêcher la concrétisation du Liberty Project. L’administration Obama devra quant à elle prendre ses responsabilités, sans quoi ce sera BP qui aura vraiment les mains libres pour agir.

Crédit photo : Flickr - pichugina
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