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BP ciblé par une plainte de l’administration américaine

BP ciblé par une plainte de l'administration américaine
A l'origine de la plus grave catastrophe écologique de l'histoire des Etats-Unis, une accumulation de manquements de la part des sociétés impliquées dans la construction, l'exploitation et la maintenance de la plateforme Deepwater Horizon. Avec la plainte déposée avant-hier par Washington elles doivent désormais s'attendre à payer leurs négligences au prix fort

La funeste saga de la marée noire dans le Golfe du Mexique (États-Unis), entamée le 20 avril dernier avec l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, n’est pas prête de s’achever. Washington a déposé avant-hier une plainte contre son locataire, ce qui à la lecture des derniers travaux de la commission d’enquête indépendante nommée par Barack Obama quant à ses manquements à la sécurité et à son impréparation n’est pas vraiment une surprise.

Il n’est toutefois pas le seul auquel l’Oncle Sam réclame des dédommagements. Huit autres groupes, dont Lloyds of London, l’assureur de BP, Transocean, le propriétaire de Deep Water Horizon, et Matsui, sommé début novembre par la multinationale britannique d’assumer ses responsabilités financières, pourraient en effet prochainement devoir s’acquitter d’une indemnisation conséquente mais qui reste encore à chiffrer. Pourtant instigatrice des opérations de cimentage sur le puits Macondo – et de nouveau sous le feu des projecteurs avec la propagation d’informations relatives aux ravages environnementaux occasionnés par l’extraction des gaz de schiste - , la société Halliburton, elle, a été « épargnée ». Curieux…

La marée noire ayant eu des conséquences écologiques mais aussi budgétaires extraordinairement graves, une amende pouvant culminer à quatre mille trois cents dollars (environ trois mille deux cents trente euros) par baril pourrait être réclamée. Ce qui, sachant que l’équivalent de quatre millions et neuf cent mille barils se seraient répandus dans le Golfe du Mexique (d’après les estimations officielles), représenterait environ vingt et un milliards de dollars (quinze milliards sept cent quatre-vingt milliards d’euros). Ce total serait divisé par quatre si l’accusation de négligence grave n’est pas retenue, mais dans les deux cas les grands groupes ayant contribué en amont au cataclysme que l’on sait devront mettre la main à la poche.

« Les précautions nécessaires n’ont pas été prises »

La décision de l’administration américaine fait suite à une autre, tout aussi  spectaculaire mais qui a de fortes chances de faire l’objet d’une riposte judiciaire des entreprises concernées : son « veto » pour de nouveaux forages à moins de cent vingt-cinq miles (environ deux cents kilomètres) des côtes floridiennes jusqu’en 2017. L’heure est donc – enfin – à l’application stricte du principe de précaution, à l’encadrement et à l’intransigeance, d’aucuns évoqueraient une « défossilisation » étatique.

« Les États-Unis estiment qu’il y a eu violation des règles de sécurité, notamment parce que les précautions nécessaires afin de sécuriser le puits avant l’explosion n’ont pas été prises », a résumé l’Attorney General américain Eric Holder, qui a par ailleurs invoqué des défaillances dans « le suivi de la surveillance et la maintenance du puits » mais aussi « l’absence de maintenance de surveillance et outils les plus performants disponibles et indispensables pour protéger les personnels, la plate-forme, les ressources naturelles et l’environnement ».

La démarche des autorités est pour le moins légitime sur le plan moral mais elle l’est aussi sur le plan juridique vu qu’elles se sont basées sur la loi relative aux eaux propres (Clean Water) et sur celle contre les pollutions pétrolières (Oil Pollution) [NDLR : le Département de la Justice pourrait également réclamer des indemnités au titre de la loi sur la protection des oiseaux migratoires (Migratory Bird Treaty Act) et des espèces menacées (Endangered Species Act), entre autres textes officiels]. Le dépôt de la plainte n’est cependant qu’une « première étape », en aucun cas une finalité, et ne se substitue pas aux enquêtes civiles et pénales, toujours en cours. « Notre tâche consiste à nous assurer que les contribuables américains n’ont pas à supporter le coût de la réhabilitation de la zone sinistrée et la relance de l’activité économique de la région », a expliqué M. Holder.

Ce faisant, la Maison Blanche fait montre d’une cohérence certaine, le chef de l’exécutif américain, bien que très critiqué par l’opinion sur sa gestion de la crise, ayant très tôt assuré ses concitoyens de son soutien. Il n’a aussi eu de cesse d’user d’une rhétorique particulièrement ferme vis-à-vis de BP et des sociétés impliquées dans la construction et l’exploitation du puits. Ses propos avaient d’ailleurs généré des tensions avec le gouvernement britannique, un temps inquiet pour la survie du fleuron national. Mais si celles-ci sont désormais révolues, justice doit encore être faite.

De lourdes sanctions financières : c’est sans doute le seul moyen pour que l’ensemble des acteurs de ce dossier pathétique prennent toutes les dispositions nécessaires pour se prémunir, et l’environnement avec eux, contre une autre catastrophe. Le monde est ainsi fait qu’il faut en arriver là.

Crédits photos : Wikimedia Commons – USCG / Pete Souza
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