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Blocage judiciaire pour l’exploitation du pétrole de l’Alaska

Blocage judiciaire pour l’exploitation du pétrole de l’Alaska
La mer de Chukchi devait normalement devenir une zone d’extraction pétrolière sur laquelle Shell lorgnait depuis des années. Une décision juridique devrait ralentir cette prise de contrôle contre laquelle les écologistes continuent de lutter

Coup dur pour les groupes pétroliers qui lorgnent sur les impressionnantes réserves d’hydrocarbures des côtes de l’Alaska. Un juge fédéral américain a ordonné l’arrêt de l’intégralité des travaux d’exploration offshore au large de la mer des Tchouktches.

Ralph Beistline va probablement devenir pour un temps l’homme le plus détesté des BP, Chevron et autres ExxonMobil. En fonction à Anchorage (Alaska) depuis 2002, ce juge fédéral a en effet estimé dans une décision rendue le 21 juillet dernier que les analyses environnementales effectuées par le Minerals Management Service (MMS) du Département à l’intérieur n’avaient pas été suffisantes pour accorder des droits de forage en 2008 dans la mer des Tchouktches (NDLR : couramment appelée également mer de Chukchi), qui borde les côtes de l’Alaska et de la Sibérie. Cette concession concernait une zone d’un peu plus d’un million d’hectares dans les eaux tchouktches vendue pour 2,7 milliards de dollars (soit 2,1 milliards d’euros) par le gouvernement américain, dont 2,1 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros) déboursés par la seule Royal Dutch Shell. Le groupe néerlandais lorgne depuis déjà plusieurs années sur ces importants gisements que la fonte des glaces arctiques rend progressivement disponibles. Cet effort de longue haleine est donc mis à mal par la décision du juge Beistline.

Vite fait, mal fait

Ce dernier l’a justifiée par « le manque d’informations concernant l’environnement de la mer des Tchouktches et les répercussions possibles » de ces opérations sur l’environnement local. Son verdict dénonce notamment les insuffisances de l’enquête du MMS (NDLR : renommée depuis « Bureau of Ocean Energy Management »), coupable à ses yeux d’une mauvaise analyse de l’impact écologique de l’extraction du gaz naturel, avec des prévisions des réserves de cette zone qui seraient nettement en-deçà de la réalité et par conséquent des décisions biaisées. Il répond à une plainte déposée par des organisations écologistes et par des représentants des populations locales. « Nous avons depuis longtemps soutenu que plus de science, plus de données et plus de recherches étaient nécessaires dans les eaux sensibles de l’Océan arctique avant de délivrer des licences », a rappelé Erik Grafe, représentant d’Earthjustice, collectif qui regroupe une quinzaine d’associations écologistes et de populations locales.

Ces dernières se réjouissent également de ce report comme l’attestent les déclarations de Caroline Cannon, maire du village de Point Hope : « il y a tellement peu de choses connues sur notre océan Arctique. Les scientifiques n’ont pas assez de données », a-t-elle insisté. « C’est le message que nous avons apporté durant les discussions. Et c’est si bon de savoir que nous sommes sur les mêmes ondes, que le monde nous a entendus. Que nous sommes visibles et pas dans un coin caché. Que nous existons et que nous comptons », s’est-elle également félicitée.

Ecologie ou économie, l’heure du dilemme

L’ensemble des tractations autour des réserves pétrolières et gazières de l’Alaska intervient dans un contexte rendu très tendu par l’interminable feuilleton de la marée noire dans le golfe du Mexique. L’heure est donc plus que jamais aux désaccords entre les groupes pétroliers et le gouvernement fédéral. Reste que l’avis du juge Beistline, pourtant réputé proche des républicains, ne doit pas être interprété comme une victoire totale des écologistes puisque les baux signés par les pétroliers n’ont pas été annulés et que seule une analyse plus poussée a été demandée dans le but – éventuel – de les valider.

Ni les groupes pétroliers ni les personnalités politiques locales (le plus souvent favorables aux entreprises du secteur, ainsi Sarah Palin et Lisa Murkowski) n’ont pour l’instant réagi. Seule une porte-parole du gouverneur Sean Parnell a expliqué que ce dernier n’avait aucun pouvoir pour influer sur cette décision. Curtis Smith, l’un des portes-paroles de Shell, a pour sa part indiqué que la multinationale néerlandaise analyse la situation et ses éventuelles conséquences pour ses opérations.

Dans une région déjà rudement touchée par la tragédie de l’Exxon Valdez en 1989 et où l’exploitation pétrolière est déjà pleine de dangers, les Alaskiens semblent de plus en plus comprendre les dangers que recèlent ces activités, même si leur survie économique en dépend à 90%. Choisir entre l’écologie et économie, voilà le dilemme insondable auxquelles sont soumises les populations arctiques depuis plusieurs années, du Groenland à la Sibérie. Ils ne sont cependant pas les seuls à avoir voix au chapitre.

Crédit photo : Flickr – ChrisL_AK
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