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Biocarburants? Appelez-les plutôt « HAROCARBURANTS »

Biocarburants? Appelez-les plutôt « HAROCARBURANTS »
L'étude de l'IEEP est particulièrement explicite et détaillée sur l'impact environnemental des biocarburants de première génération, que l'UE va devoir abandonner prestement sous peine d'endosser la responsabilité de catastrophes écologiques majeures

D’abord « vendus » comme la panacée par les défenseurs de l’environnement, lesquels ont ensuite révisé leur jugement, les biocarburants de première génération sont définitivement à bannir. Explications.

De plus en plus d’industriels tournent aujourd’hui le dos au maïs et autres betteraves, leur préférant les algues, la cameline, les cartons d’emballage voire les bactéries. Après l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) en avril dernier, c’est au tour de l’Institut pour la politique européenne environnementale (IEEP) de leur donner raison.

« Les agrocarburants supplémentaires qui entreront sur le marché de l’Union Européenne (UE) auront un impact de 81 % à 167 % plus néfaste pour le climat que les combustibles fossiles qu’ils sont censés remplacer (!) », écrit-il en effet dans un rapport d’une vingtaine de pages publié hier et consultable sur Internet. On est loin des carburants de l’avenir vantés en début de millénaire par leurs promoteurs et les associations de protection de la nature… Cette étude coup de poing intervient dans un contexte de soutien continental poussé aux essences alternatives. Rappelons en effet que d’après la directive européenne sur les énergies « propres », 10 % du carburant utilisé dans le secteur des transports devra être d’origine renouvelable à l’horizon 2020.

Explosion de la quantité d’émissions de gaz à effet de serre (GES)

Les travaux de l’IEEP se sont focalisés sur les changements d’affectation des sols indirects (CASI) et les rejets carbone liés au développement des agrocarburants. Ils sont également fondés sur « des projections à partir des PAN (Plans d’Actions Nationaux) européens », ce qui constitue une grande première, et révèlent que « les plans des États membres de l’UE en matière d’agrocarburants se traduiront par la conversion d’un maximum de soixante-neuf mille kilomètres carrés (NDLR : plus de deux fois la superficie de la Belgique) de terres à usage agricole ».

« Cette situation pourrait mettre directement en danger des forêts, des écosystèmes naturels et des communautés pauvres des pays du Sud », alertent les auteurs, « alors que la Commission européenne doit publier d’ici la fin de l’année un rapport sur la manière d’aborder et de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et le CASI induits par la consommation européenne d’agrocarburants ». Il apparaît aujourd’hui que l’institution devra à tout prix tenir compte des conclusions de cette étude, qui dresse aussi une estimation du volume net de GES émis par les agrocarburants consommés à l’échelle européenne. Celui-ci pourrait être de « cinquante-six millions de tonnes de CO2 supplémentaires par an, soit l’équivalent de douze à vingt-six millions de voitures supplémentaires sur les routes européennes d’ici 2020 ».


En clair le Vieux Continent – et la planète dans son ensemble – auraient tout intérêt à concentrer leurs efforts sur les cultures non-alimentaires, histoire aussi d’éviter une flambée des prix des denrées comme en 2007-2008 et de déstabiliser encore le marché alimentaire mondial. « En plus d’augmenter de manière significative les niveaux de GES, le CASI a des effets dévastateurs sur la sécurité alimentaire, les droits fonciers et les conditions de vie des populations vivant sur les terres utilisées, ainsi que sur la biodiversité au niveau mondial », soulignent ainsi les rédacteurs de cette étude décidément accablante.

Loin d’être d’une des clefs de la décarbonisation du secteur des transports, les biocarburants de première génération ont donc des corollaires dont on mesure mieux désormais la propension dévastatrice. De leur contribution significative au déboisement à la paupérisation des populations concernées par leur développement, la plupart des études indépendantes parues ces derniers mois s’accordent sur le fait qu’ils sont une véritable plaie pour l’environnement. Aussi l’UE serait-elle inspirée de  « soutenir une législation [...] prenant en compte l’intégralité de l’impact climatique des agrocarburants » - ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – , de réviser en profondeur sa stratégie pour l’heure inappropriée en ce qui concerne le développement des technologies « vertes » dans le secteur des transports et bien sûr de « revoir et modifier (les) politiques en matière de consommation d’agrocarburants ».

Elle doit par ailleurs reconnaître les menaces agricoles et même sociales inhérentes auxdites essences, en introduisant « des facteurs CASI qui prennent pleinement en compte l’impact GES des ses politiques et réfléchir urgemment aux impacts globaux du développement de l’utilisation des agrocarburants », conclut sans ambages l’IEEP.

À la lecture de cette étude détonnante, il y aurait quelque indécence à ce que l’UE s’obstine à maintenir le cap. Nul ne peut pourra en tout cas avoir le toupet d’affirmer qu’elle n’a pas été prévenue.

Crédit photo : Wikimedia Commons – Père Igor / flickR – skidrd
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  • daniel d

    Lutter pour une planète plus propre est éminemment louable; affamer sciemment la moitié de la population mondiale pour pouvoir rouler “propre” relève d’un intolérable égoïsme de pays riches.

    Il est toute de même consternant que les pseudo-élites qui nous gouvernent et sont à tout le moins censées réfléchir un tant soit peu avant de prendre des décisions aussi graves n’aient pas perçu les conséquences de leur politique démagogique. Leur green-washing effréné n’avait pour but que de satisfaire différents lobbies, celui des gros agriculteurs en tête suivi par la fraction la plus décérébrée de la mouvance écologiste.
    Il ne me semblait pas utile de sortir de l’ENA pour comprendre que l’abandon de cultures vivrières au profit de cultures destinées aux bio-carburants allait faire augmenter le prix des premières…
    Il ne me semblait pas non plus nécessaire de sortir de Polytechnique pour faire un bilan énergétique très simple et qui démontre qu’il faut brûler approximativement 1,5 litre de carburant fossible pour produire 1 litre d’éthanol ou de Diester…
    On saluera en l’espèce le député de la Marne, M.Charles de Courson qui fit voter un 31 décembre et en pleine nuit une loi obligeant les industriels du pétrole à introduire 5% d’éthanol dans les essences vendues en France, décision applicable le lendemain en l’absence des textes douaniers ad hoc, en l’absence de toute concertation avec les professionnels, en l’absence aussi de toute infrastructure idoines…Depuis les choses ont évolué puisqu’une immense usine de fabrication d’éthanol a vu le jour en 2007 à Bazancourt dans la circonscription de l’heureux élu…
    On notera que Charles-Amédée de Courson passe auprès de ses collègues députés pour “un expert parmi les experts” dans ce domaine. Ça donne une idée des compétences des autres…

  • pierre d

    Tout à fait d’accord avec daniel d!

    Rouler propre est un objectif à chercher à atteindre une fois que la planète entière mangera à sa faim.

    Concernant l’ENA, ton postulat de départ sous-entend que cette pseudo élite est capable de comprendre. Il n’y a qu’à voir l’état de la France et sa position à l’international pour s’apercevoir que les énarques sont une caste à bannir. Et ça, ça ferait du bien à la planète!

  • greenetvert

    Je vous invite à prendre connaissance de notre dossier Biocarburants publié il y a quelques semaines :
    http://www.greenetvert.fr/2010/10/12/en-biocarburants/9314