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Amazonie : polémique autour du « barrage vert » de Belo Monte

Amazonie : polémique autour du « barrage vert » de Belo Monte
La construction annoncée d'un gigantesque complexe hydroélectrique dans l'Etat de Para constitue, selon les populations locales, une menace supplémentaire sur la forêt amazonienne

C’est un projet sur lequel il n’y aurait de prime abord rien à redire. Un chantier pharaonique aussi, parce qu’avec 11 200 MWh en puissance installée le barrage de Belo Monte sera, en plus d’être le premier écologiquement irréprochable (dixit Brasilia), rien de moins que le troisième plus grand du monde.

Censé entrer en service en 2015, il est la pierre angulaire d’une ambition que les autorités locales successives ont décrite comme la panacée et qui remonte au milieu des années 1970 : la création d’un complexe hydroélectrique sur la rivière Xingu, dans l’État amazonien de Para (Brésil).
À l’origine, il était question d’installer six usines. La détermination des tribus indiennes riveraines à faire capoter le programme a néanmoins contraint ses coordonnateurs à céder du terrain et à le repenser en profondeur. Les considérations écologiques et les légitimes appréhensions des indigènes ont ainsi davantage été prises en compte puisque, comme l’a indiqué le correspondant du Monde à Rio de Janeiro, Jean-Pierre Langellier, « il ne comporte plus qu’une usine », que « la surface des terres inondées sera réduite de mille deux cents kilomètres carrés à cinq cent seize kilomètres carrés » et que « la centrale sera au fil de l’eau (sic), réduisant donc l’impact environnemental ».

Un mastodonte au service de l’écologie ?

Les promoteurs du projet bénéficient maintenant du soutien étatique. Ils estiment ce barrage indispensable pour assurer l’autosuffisance du Brésil en électricité étant donné que, d’ici à 2017, le pays devra produire chaque année 4 000 MWh supplémentaires pour soutenir une croissance économique estimée à 5 %. Chiffré par l’État fédéral à la bagatelle de onze milliards de dollars (huit milliards d’euros), son coût serait compensé à long terme par des gains annuels estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars. Au niveau social les « pro-barrage » ont également mis en avant le fait qu’il pouvait générer dix-huit mille emplois directs et quatre vingt-mille emplois indirects dans une région qui n’est pas réputée pour sa vitalité économique.
Last but not least, Carlos Minc, ministre de l’Environnement, a précisé que le vainqueur de l’appel d’offres qui sera lancé en avril (NDLR : et qui pourrait voir le groupe GDF Suez se porter candidat) devra respecter un cahier des charges assorti de « quarante contraintes environnementales et socio-économiques », parmi lesquelles la création de deux zones de préservation des terres indigènes et la mise en place d’un réseau d’assainissement public. Des « compensations » évaluées à huit cent millions de dollars (cinq-cent quatre-vingt sept millions d’euros), soit « la licence environnementale la plus exigeante de l’Histoire ».

Résistance locale

Ces arguments ne contentent cependant ni les milieux écologistes ni les Indiens, adversaires déclarés du complexe hydroélectrique. Malgré les déclarations rassurantes de M. Minc, ces derniers craignent en effet de devoir quitter leur terre. Le ministre a beau leur avoir promis de meilleures conditions, ils renâclent à l’idée d’être déplacés. La vie de douze mille familles rurales se trouvera quoi qu’il en soit bouleversée par l’arrivée de cette structure hors norme, qui pourrait aller de pair avec la migration de quelque cent mille personnes.
Des associations ont décidé d’attaquer l’État en justice, faisant notamment valoir que l’étude environnementale n’avait pas répondu à toutes leurs interrogations. Le creusement nécessaire de deux canaux de dérivation risque aussi, selon elles, d’entraîner des excavations semblables à celles constatées à Panama.
Les Indiens redoutent de surcroît un afflux malvenu de gaz méthane et que le colossal dessein gouvernemental n’ait des répercussions fâcheuses aussi bien sur le cours de l’Amazone que sur la pêche traditionnelle. Déjà très gravement ponctionnée, la forêt amazonienne n’aurait enfin pas besoin qu’une superstructure vienne ajouter au capharnaüm.
Reste qu’on voit mal comment les populations locales, quand bien même elles ne semblent pas disposées à déserrer l’étreinte, pourraient cette fois faire reculer des pouvoirs publics convaincus de la nécessité et du bien-fondé, à tous les niveaux, d’un programme par ailleurs appuyé par la Funai. Le détail a son importance dans la mesure où cette fondation fédérale défend les intérêts des Indiens.

Crédit photo : Flickr - Leoffreitas
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