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Pendant marin du Forest Stewardship Council (FSC), le Marine Stewardship Council (MSC) a été sévèrement tancé par le scientifique Daniel Pauly, reconnu comme étant l’un des plus grands experts mondiaux des ressources halieutiques.
Autant dire que son opinion compte, et que les vives réserves qu’il vient d’exprimer avec cinq collègues – parmi lesquels des membres de la Scripps Institution of Oceanography, qui jouit elle aussi d’une excellente cote – dans un long article à charge paru chez nos confrères de la revue Nature ont eu un retentissement certain.
D’après ses six détracteurs l’éco-label éponyme du MSC, organisation à but non-lucratif fondée en 1997 par le WWF et Unilever et devenue indépendante deux ans plus tard, n’est tout simplement pas à la hauteur des enjeux actuels sur la survie des espèces marines qu’il est supposé protéger. Accusé en substance de ne pas tenir ses promesses, ledit référentiel gagnerait de l’avis des auteurs du brûlot à être « radicalement réformé ».
Des pratiques à bannir
Bien qu’il ne s’agisse que de considérations personnelles synthétisées dans un seul article, autrement dit que ses rédacteurs n’ont pas préalablement procédé à de nouvelles investigations approfondies, deux des exemples qu’ils ont mentionné interpellent. Celui du colin d’Alaska, certes « la plus grande pêcherie certifiée MSC au monde », ainsi que l’a rappelé Le Monde, mais dont les stocks en mer de Bering ont chuté de 64 % entre 2004 et 2009. Celui du merlu du Pacifique aussi, dont la population a accusé une tragique diminution de 89 % depuis la fin des années 1980.
Plus largement M. Pauly (à l’origine favorable sur le principe à la création d’un éco-label certifiant une pêche durable et bien gérée) et consorts fustigent la passivité du MSC à l’égard de certaines pratiques jugées destructrices. Ainsi la pêche au krill – petite crevette utilisée comme aliment pour les poissons d’élevage mais qui à terme pourrait selon eux péricliter – en Antarctique et le chalutage de fond, susceptible d’endommager des coraux déjà menacés de toutes parts et pas épargnés par les coups du sort cette année. Les experts ont par ailleurs pointé le manque de connaissances sur la légine arctique, poisson qui pourrait toutefois bénéficier du label (NDLR : À la décharge du MSC, il suscite depuis les années 1990 un engouement commercial incontestable et qui est allé de pair avec un braconnage important).
Censé garantir aux consommateurs la pérennité des espèces commercialisées, celui-ci comporte trente et un indicateurs et est actuellement apposé sur 7 % des prises mondiales. En tenant compte des pêcheries en cours de certification le chiffre devrait bientôt atteindre 12 %. Son essor est donc fulgurant et s’explique en grande partie par la dégradation de la situation des écosystèmes marins et de certaines espèces en particulier (par exemple le thon rouge), qui a bénéficié ces dernières années d’une couverture médiatique sensiblement accrue.
« Les incitations du marché ont détourné le MSC de ses buts originels »
« Les incitations du marché ont détourné le MSC de ses buts originels, en encourageant la certification d’entreprises toujours plus grandes », analysent cependant les scientifiques, pour qui les petits pêcheurs, en particulier ceux des pays en développement (PED), ne sont pas en mesure de s’acquitter d’un processus trop onéreux pour ne pas favoriser les grandes entreprises [NDLR : Parmi elles Findus France, qui en avril dernier a officialisé son intention de devenir la première entreprise au monde à ne proposer que des poissons éco-labellisés à la vente ]. Et de plaider pour une extension aux navires des réglementations en vigueur et pour un recours à des techniques plus respectueuses de l’environnement marin.
Pour pertinents qu’ils paraissent, leurs arguments au demeurant partagés par certaines associations de protection de l’environnement (dont Greenpeace) ont été réfutés par le MSC. Pour sa défense l’organisme a rappelé l’« indépendance » du processus de certification, lequel est conduit par un organisme lui-même contrôlé par des tiers, de même que son ouverture à toutes les techniques de pêche et à toutes les entreprises quelle que soit leur taille.
Il a également évoqué le fait que 40 % des postulants échouent à obtenir le précieux sésame, ce qui à ses yeux démontre l’inflexibilité des critères d’obtention et achève d’écarter la suspicion de labellisations abusives, et des facteurs « extra-halieutiques » – climatiques notamment – qui pourraient expliquer les fluctuations voire la réduction constante des populations de certaines espèces aujourd’hui en danger d’extinction ou en passe de le devenir.
« Ce qui compte c’est d’adapter l’effort de pêche. Les entreprises labellisées ont l’obligation de suivre les préconisations des scientifiques », souligne Nicolas Guichoux, responsable Europe du label. Le directeur général du MSC Rupert Howes a été tout aussi catégorique : selon lui « aucun stock surexploité n’est labellisé ».
Dans le même temps l’organisme, sans doute soucieux de préserver sa crédibilité, a affirmé vouloir « prendre en compte » les remontrances et autres suggestions précitées. Étant donné la conjoncture se montrer toujours plus regardant ne peut il est vrai pas être une mauvaise chose.

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