Corentin Beauquin a créé un site Web qui associe particuliers et petits producteurs dans une démarche éco-responsable. Avec ses deux collaborateurs Raphaël Bravi et Antoine Porte, ce Parisien de trente et un ans travaille sur ce concept inédit en France depuis la fin de l’année dernière. Le site a été mis en ligne il y a un mois jour pour jour et les premiers pas sont encourageants. Son co-fondateur s’est confié à notre rédaction.
Corentin BEAUQUIN, vous êtes à l’origine du tout premier site Internet mettant en relation les particuliers et les petits producteurs. Comment vous est venue cette idée ?
Lepotiron.fr met en relation les particuliers avec les petits producteurs mais aussi avec d’autres particuliers producteurs via leur jardin. J’ai co-créé ce site avec 2 autres personnes rencontrées au cours d’un concours de start-up au cours duquel notre projet a été remarqué.
Mes parents ont la chance d’avoir un grand terrain avec un verger et un potager et faute de pouvoir la consommer ou la congeler il y a toujours une partie de la production de leur jardin qui est perdue. Je me suis dit que si on pouvait trouver un moyen de valoriser ce surplus en générant des échanges ou des ventes de proximité ce serait une très bonne chose. De plus en plus de gens se mettent au jardinage pour mieux maîtriser la qualité de leur alimentation et faire des économies. Il y a donc un potentiel assez important.
Le bouche à oreille fonctionne-t-il ? Comment réussissez-vous à vous faire connaître ?
Nous faisons notre auto-promotion sur notre blog. Son contenu attire un public de jardiniers et nous allons programmer des démarchages direct cet été pour sensibiliser le public. Nous sommes tout juste lancés et le bouche à oreille reste pour l’instant difficilement quantifiable.
Envisagez-vous de nouveaux outils ou applications pour étoffer votre site ?
Nous travaillons sur une version mobile de notre application ainsi que sur un système d’alerte pour recevoir les nouvelles annonces.
Travaillez-vous sur d’éventuels partenariats pour avoir de nouvelles perspectives de développement ?
Oui, nous sommes actuellement en phase de recherche de partenaires pour promouvoir notre concept à plus grande échelle.
« Le Potiron s’inscrit dans la volonté actuelle de limiter le gaspillage et de revaloriser les relations humaines de proximité »
Les producteurs avec lesquels les particuliers sont mis en rapport sont-ils majoritairement des producteurs « bios » ? Si oui comment vous assurez-vous du caractère « bio » des produits ?
On retrouve effectivement une bonne partie de producteurs professionnels « bio » et de jardiniers qui travaillent de façon naturelle dans les annonces. Si pour les premiers, des certifications officielles existent, il est en revanche impossible de le garantir pour les seconds. Notre rôle s’arrête donc à la mise en relation.
Compte-tenu de la prise de conscience écologique pensez-vous que votre concept puisse inspirer des sociétés ou d’autres particuliers ?
Lepotiron.fr s’inscrit dans la volonté actuelle de limiter le gaspillage et de revaloriser les relations humaines de proximité, qui existe déjà sous différentes formes, par exemple le co-voiturage. L’industrie alimentaire d’aujourd’hui montre ses limites en terme de qualité gustative, sanitaire et économique. Les gens sont donc de plus en plus tournés vers des alternatives comme la nôtre, et il y a fort à parier que d’autres initiatives naîtront.
Que représente l’écologie dans votre vie ? Faut-il parler de credo, de déclic, de sensibilité ancienne ?
Pour moi l’écologie c’est avant tout une tentative de préserver ce que la nature nous a donné, et qui nous permet de vivre. Étant très gourmand et très attaché à la qualité de la nourriture, je suis attristé par la situation actuelle mais je suis aussi convaincu que des solutions sont possibles.
Lepotiron.fr est quant à lui un espace d’échanges qui représente une alternative dans la façon de consommer.
« Jardiner peut aussi être un acte militant »
Selon vous l’avenir de l’agriculture et de l’alimentation réside-t-il nécessairement dans des modes de production durables ?
Le système agricole actuel repose sur les industries chimiques et les règles des marchés financiers. Il tue à petit feu le monde paysan, notre environnement et menace notre santé. L’aliment qui devait d’abord nous fait vivre est devenu une marchandise qui doit d’abord se vendre et c’est un contre-sens total. Revenir à une agriculture durable est donc impératif pour éviter une crise alimentaire majeure.
Un dernier mot sur votre blog, que vous définissez comme un « guide du jardinage et du bio »…
Le potiblog est un guide pour les jardiniers qui souhaitent avoir une approche naturelle de leur jardin. Nous présentons donc les techniques et solutions naturelles qui existent en expliquant concrètement comment les mettre en place. Elles sont bien souvent simples, économiques et totalement respectueuses de l’environnement. Nous informons également sur les enjeux du jardinage pour sensibiliser les jardiniers aux menaces actuelles.
C’est très important car notre jardin est notre lien le plus direct avec la nature et c’est le premier terrain ou nous pouvons être acteur du changement. Jardiner peut aussi être un acte militant.