L’archipel océanien des Tuvalu s’était fait entendre durant le sommet sur le réchauffement climatique à Copenhague en décembre 2009, en osant tenir tête aux grands pollueurs. L’échec de cette réunion, et le manque de décisions cruciales qui l’ont suivi, ont sonné comme une mise à mort. Retour sur le destin d’un pays qui ne veut pas disparaître.

Tuvalu fait partie de ces confettis anonymes et perdus dans l’Océan Pacifique dont la seule connaissance permet de se distinguer en société. Mais il a obtenu son heure de gloire durant le sommet de Copenhague, en décembre dernier, rendant ainsi possible d’associer ce micro-Etat à un destin bien particulier. Tout tragique qu’il est, malheureusement : les neuf îles qui composent cet archipel devraient, si rien ne change, être avalées par l’océan dans une cinquantaine d’années, la faute à la montée des eaux due au réchauffement climatique. Le seul suspense qui subsiste est de savoir si elles couleront avant ou après les luxuriantes Maldives du volontariste Mohamed Nasheed (voir « L’action directe est ce dont nous avons besoin »).

Les hommes politiques de ces dernières avaient fait parler d’eux en organisant un conseil des ministres sous la mer, histoire de faire comprendre aux grands Etats que très bientôt, leur Etat ne serait plus la destination touristique qu’il est actuellement mais un vestige sous-marin qu’on visitera avec des palmes et un masque à oxygène (voir « Montée des eaux : c’est plus parlant sous l’océan »). Aucune agence de voyage n’a, semble-t-il, cherché à évaluer le capital touristique des Tuvalu, ce qui les rend moins connues que ses homologues Maldiviennes, mais le problème y est identique.

La révolte du petit

Cet anonymat n’avait, aux yeux des dirigeants Tuvaluans, que trop duré. Et c’est à Copenhague que leur représentant au sommet, Ian Fry, a fait entendre la voix de son pays. Brisant l’unité du G77 – ce groupement de 130 pays en développement dont le but principal est de barrer la route aux pays développés – il a demandé aux deux géants du groupe, la Chine et l’Inde, de restreindre également leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce que les deux Etats n’ont évidemment pas voulu, puisqu’ils soutenaient la ligne contraire.

Apisai Ielemia, Premier ministre des Tuvalu, a alors pris la parole : « Le monde nous regarde. C’est le moment de prendre la décision et d’inscrire nos noms sur cet accord légalement contraignant. Je ne viens pas de l’autre côté du monde pour souscrire à de simples décisions de la COP, ou à un accord politique creux. Nous ne sommes pas ici pour maquiller un échec. Nous sommes ici pour signer sur la ligne pointillée, rien d’autre. » Nous sommes le 16 décembre. Un accord semblait possible, puis il s’évanouit. Trois jours plus tard, une proposition pleutre est rejetée par le simple veto de l’archipel.

Les Tuvaluans n’ont pas attendu que les Occidentaux se réunissent au Danemark pour prendre conscience de la fragilité de leur terre. Car il n’y a pas que la montée du niveau de la mer qui est en cause dans le funeste destin des Tuvalu ; l’érosion des terres insulaires est aussi un facteur aggravant. Des solutions plus ou moins fantaisistes ont bien été évoquées : l’exil en Australie, le relèvement des terres sur la base d’un système proche des « polders » néerlandais… Le premier cas est difficile à envisager ; la même proposition a été faite aux Nauruans, habitants d’une autre île océanique polluée et ruinée, et leur réponse a été clairement négative. Pour le second, il faut des financements ; sachant que l’économie Tuvaluane est essentiellement basée sur… la location de son suffixe Internet « .tv » à une société australienne, ce qui fait cinquante millions de dollars (quarante-cinq millions d’euros) sur douze ans. Pour solidifier neuf îles, c’est bien peu. Sans compter que nombre de Tuvaluans préfèrent nier le problème. « Certains, et on les comprend, n’ont toujours pas envie d’y croire… Rares sont ceux qui se rendent compte de l’imminence et de l’ampleur de la catastrophe annoncée. (…) Mais comme dans tous les autres pays du monde, les problèmes du quotidien immédiat ou à court terme sont toujours prioritaires…. C’est humain… C’est aussi le lot des politiques » déclarait Gilliane Le Gallic, présidente d’Alofa Tuvalu, à « L’Echo des Savanes » en septembre 2009.

 

Une cause entendue au-delà du Pacifique

Le cas de cet Etat martyr a intéressé quelques étrangers. Ainsi en France, l’association Alofa Tuvalu réunit les personnes soucieuses de sauver des eaux l’archipel, communiquant dans nombre de médias tels France Inter ou RFO… Retour à Fongafale, capitale de l’archipel, où cela fait maintenant des années que les politiques se battent pour faire entendre leur voix. Copenhague n’aura finalement été qu’une tribune médiatique de plus. Mais les résultats n’ont pas suivi : Copenhague s’est au final transformé en « Floppenhague » pour reprendre l’expression de Pierre Mistwood sur LePost.fr. Les grandes mesures révolutionnaires qui étaient annoncées en amont se sont révélées n’être que des coups d’épée dans l’océan. Rien ne semble donc, à court ou moyen terme, prêt à changer pour les Tuvalu, bien conscientes toutefois qu’en termes de climat, cinquante ans c’est déjà demain. Le Premier ministre des Fidji l’a également compris : au cours d’un entretien au « Fiji Times » il a proposé au Tuvalu et à son voisin, les Kiribati (NDLR : prononcez Kiribas) d’accueillir sur ses terres les premiers réfugiés climatiques de l’histoire. L’heure n’est donc pas à l’optimisme.

Le point culminant de cet archipel est de cinq mètres de haut, celui des populations humaines s’élevant à deux mètres. Les estimations signalent que les eaux devraient monter d’au moins cent vingt centimètres d’ici la fin du siècle. Sept millimètres rien que pour l’année 2008, selon des marégraphes. L’équation se révèle d’une simplicité désarmante. « Paris Match » le disait le 17 décembre dernier : « La survie des Tuvalu se joue à Copenhague ». Deux jours plus tard, l’échec consommé, la fin de la partie avait comme des allures de défaite.

Gwendal PERRIN

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