Dans le cadre de la semaine de l’ISR, je me suis rendu au Forum de l’Investissement au Palais des Congrès à Paris. Si l’objet de cette semaine est de promouvoir l’ISR et ainsi lui donner plus de visibilité, force est de constater que l’espace dédié à l’ISR au sein de ce salon ouvert aux épargnants particuliers est encore très restreint…Seuls Ethifinance, BNP ParisBas, le label ISR avaient des stands significatifs. Il est vrai que la semaine a été riche en événements (voir le site de la semaine de l’ISR) et en études sur l’ISR (marché, appropriation par les gestionnaires, connaissances et attentes des français en la matière). On notera que 64% de nos compatriotes aimeraient donner « du sens » à leurs placements, mais que bien peu d’entre eux passent à l’acte du fait à la fois d’un manque d’informations et d’un manque de visibilité de l’offre. La question de la performance des fonds se posant également.

Cette année a été marquée par le lancement du premier prix FIR-Vigéo de l’ISR. J’y reviendrai par la suite. Cette remise de prix à des entreprises « exemplaires » en matière de gouvernance et d’engagements DD a été précédée d’une conférence abordant la thématique de l’ISR d’une façon globale. En voici les principaux enseignements :

La finance peut-elle être un levier positif pour le développement durable ? Oui, justement grâce au développement de l’ISR et des PRI (Principles of Responsible Investments signés par 900 fonds de pension, banques et asset managers au niveau mondial, soit 33 milliard de dollars ou 1/3 de la capitalisation boursière mondiale !). Cet intérêt des investisseurs institutionnels pour l’ISR (encore impensable il y a encore 5 ans) montre bien que les entreprises qui veulent se financer (que ce soit par émissions d’actions, d’obligations ou de dettes) n’ont plus le choix : elles vont être contraintes, pressions législatives ou pas (voir à ce sujet les aléas de l’article 225 du Grenelle2), à mettre en place des politiques de RSE. La montée de l’activisme actionnarial, la pression de la société civile (cf. mouvement des Indignés) ne feront que renforcer cette pression pour un changement durable des business model. Mais il faut faire avec la réalité et apprendre à être patient, les évolutions restant encore trop lentes. Rappelons cependant qu’en 2006, l’ISR était encore vu comme une contrainte et un coût, alors qu’à présent il va devenir « mainstream » (au travers des retraites publiques notamment et de l’épargne salariale).

L’ISR cherche donc à concilier performance financière et valeur ajoutée sociale et/ou environnementale, à travers de critères extra-financiers. Il permet à l’entreprise de mieux gérer ses risques. Certes, l’investisseur ne va pas aussi loin que dans le cas d’un investissement « solidaire » (cf. épargne solidaire, concept de social business) puisqu’il attend un retour sur investissement financier en premier lieu.

Il existe différents types d’ISR, je ne m’y attarderais pas ici : fonds d’exclusion (plutôt anglo-saxons), best-in-class (Europe), thématiques (énergies renouvelables, carbone, biodiversité), engagement actionnarial (USA). Tous se basent sur les critères ESG. La gouvernance est sans doute LE critère clé, car beaucoup vient de l’exemplarité des dirigeants de l’entreprise et du degré de transparence. Cela a une influence sur les autres critères : sociaux (formation, bien-être au travail, achats durables) et environnementaux (déchets, efficacité énergétique). Qui dit critères ESG dit évaluation extra-financière et donc valorisation du capital immatériel dont nous avons parlé plusieurs fois sur ce blog (personnel, marque, loyauté et fidélité des clients, relations fournisseurs et autres parties prenantes, etc.). La valorisation « financière » de ce capital « immatériel » au bilan des entreprises sera la clé de la future compétitivité des entreprises, sitôt qu’on aura les outils comptables adéquats et une fiscalité « verte » correspondante qui découragera les mauvais comportements et donnera un vrai prix à l’ensemble de la chaine de valeur. Encore une fois, les entreprises les plus proactives en la matière seront les gagnantes de demain. Notons que beaucoup de TPE/PME sont déjà engagées de façon durable en matière de RSE sans s’encombrer de tous les processus de reporting. (Je pense d’ailleurs à ce sujet que le reporting exhaustif doit rester obligatoire » pour les grandes structures, les plus petites pouvant adapter et alléger les modèles). L’indice Gaïa, composé de midcaps a surperformé par rapport aux entreprises du sbf120 et du cac40 (voir étude Ethifinance). Et les entreprises bien classées dans le palmarès « best place to work » ont également de meilleures performances boursières.  Vous avez dit « small is beautiful » ??

Le label « Novethic » est unique au plan européen. Il montre que la gestion ISR est rentable, même si cela dépend des secteurs, des gérants de fonds et de l’environnement économique…d’où l’importance justement des critères extra-financiers.

Revenons-en maintenant au prix FIR-Vigéo :

En introduction, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre en charge de l’écologie et du dd, a parlé de « succès » pour qualifier la semaine de l’ISR. En ces temps de crise, il apparaît comme une solution, en parallèle aux nouveaux indicateurs de richesses (autres que le PIB) et à une vision long-terme. On a besoin de donner du sens à l’économie et donc de nouveaux  modèles pour que la finance finance l’économie réelle avec des critères ESG pour cela, l’implication des réseaux bancaires et des sociétés de gestion est essentielles pour populariser le concept de l’ISR auprès des particuliers. Cela ne se fera pas sans un grand ménage au sein des banques (nouvelles façons de rémunérer leurs conseillers notamment).

Montrer que « l’ISR marche », tel est l’objectif de ce prix FIR-Vigéo, a déclaré Nicole Notat, responsable de Vigéo. L’accent a été mis cette année sur la gouvernance (transformation des organes de décision), avec application de critères RSE (au niveau des rémunérations, des risques et de la réputation). 3 prix à caractère honorifique (les lauréats ne se sont pas portés candidats) ont été décernés :

  1. Prix Eurostoxx 50 remis à Unilever : son président, Bruno Witwoët, a rappelé ses engagements en matière de RSE (sustainability 2020, voir mon article du 9 décembre dernier) ;
  2. Prix Sbf 120 remis à Rhodia : son P-DG, Jean-Pierre Clamadieu, a aussi rappelé que son groupe « porte le DD en son cœur » ;
  3. Prix Cac40 remis à Vivendi : son président du directoire, Jean-Bernard Lévy, a reconnu que Vivendi n’avait pas toujours été « exemplaire en matière de gouvernance » ( !!), mais que désormais, le DD, c’est quelque chose de « concret », au travers de 3 engagements : accompagner la jeunesse dans les utilisations du numérique, réduire la fracture numérique et favoriser la diversité culturelle et la juste rémunération des producteurs…

 

De beaux discours, certes en grande partie sincères. Que ces prix soient un outil pour stimuler tous les autres acteurs économiques d’aller encore plus loin en matière de Responsabilité !

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