Alors que l'Europe se débat tous azimuts pour sortir de la crise grecque et de sa propre crise institutionnelle, voilà une bonne nouvelle! L'UE vient de publier sa stratégie RSE pour la période 2011-2014, et la RSE y prend une place importante comme outil de gouvernance.

Voici les extraits du document publié:

" La communication sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE) de la Commission propose une définition modernisée de ce concept qui s'harmonise avec les principes et orientations reconnus internationalement. Elle s'appuie sur une stratégie qui permettra aux entreprises d'atteindre plus efficacement leur potentiel et elle vise à améliorer la confiance dans les entreprises, notamment en lançant, en 2013, un prix européen pour la RSE et en créant des forums de RSE associant de multiples intervenants dans un certain nombre de secteurs industriels."


Très attendue, à la suite des initiatives de nombreux Etats (Danemark, Allemagne, Espagne, Pologne…) et des conclusions du forum multi-stakeholders mais aussi dans le cadre de la volonté du Commissaire Barnier d’intégrer les informations ESG à l’amélioration de la transparence de l’information financière (Single Market Act), la communication de la Commission – directions emploi, entreprises et marchés –  publiée le 25 octobre apporte trois innovations importantes à saluer dans le contexte spécifique actuel :


1)     La CE intègre la RSE dans la logique de croissance et de compétitivité de l’économie, posant le principe que la confiance dans les entreprises encourage la consommation, le développement de l’investissement et les initiatives solidaires.

2)     La CE revoit sa définition de la RSE, issue de 2003, n’hésitant pas à reconnaître qu’elle est passée à côté de grandes initiatives (ISO 26000…) ; cette définition modernisée pose la RSE comme l’intégration des impacts sociaux et environnementaux dans le modèle, source de valeur partagée et d’innovations sociétales ; la CE reconnaît désormais que la RSE va jusqu’à passer des accords de coopération négociés avec les acteurs de la Société ; elle doit intégrer explicitement la reconnaissance des Droits de l’Homme et des considérations éthiques et elle s’appuie sur les grands référentiels internationaux adoptés ces dernières années. (Consulter à cet effet le mémo de la CE du 25 octobre 2011: "Corporate Social Responsibility, a new definition, a new agenda for action")

3)     La CE annonce 8 lignes d’action qu’elle va conduire de 2011 à 2014 : accroître la visibilité de la RSE, renforcer la confiance des consommateurs dans les entreprises, encourager les processus de progrès et de co-régulation, notamment sectoriels, valoriser les initiatives de RSE dans les grands champs (achats, investissement), favoriser le reporting et la transparence des informations RSE, inclure la RSE dans l’éducation, la recherche et la formation, stimuler les politiques nationales de RSE (mentionner l'étude sur les politiques publiques?) – des plans sont à délivrer à mi 2012 – et insérer les politiques européennes dans les cadres internationaux de la RSE.

 

Concernant l’information RSE (reporting), on notera que la Commission annonce une initiative législative à mi-2012 et un renforcement des informations demandées au secteur extractif et minier.
Cette communication appelle 3 remarques de fond :

  • Un vrai saut conceptuel dans l’appréhension de la RSE au cœur du modèle économique européen, qui n’est plus une « démarche bienveillante » mais une collaboration constructive avec la Société, porteuse d’innovations et de confiance dans l’initiative du business.
  • L’affirmation d’orientations de travail sérieuses, dont la stimulation des politiques nationales et la volonté de créer des dynamiques sectorielles fortes.
  • La décision de prendre part – enfin – à l’action internationale en matière de RSE dont l’Europe s’était éloignée et dont elle reprend à son compte l’édifice, en accentuant l’accent sur les droits de l’Homme.

Pour terminer, j'ajouterais une autre petite nouvelle fort intéressante : les principaux acteurs du conseil en DD-RSE viennent de se constituer en association, afin de définir un cadre de travail commun et pour avoir un poids plus important auprès des parties prenantes. Tous les détails ici.

Qui a dit que la RSE était morte?? Je dis bravo si tout cela se met en place!

 

Comme chaque année en novembre aura lieu le mois de l'ESS : l'occasion de découvrir la richesse de ce secteur, avec ses entrepreneurs, ses produits d'épargne solidaire, ses salariés et autres acteurs engagés pour une économie plus humaine, où social rime avec intégration économique, rse et création de richesses partagées durables. pour assister aux différentes manifestations, découvrez le programme ici!

Dans le cadre de la semaine de l’ISR, je me suis rendu au Forum de l’Investissement au Palais des Congrès à Paris. Si l’objet de cette semaine est de promouvoir l’ISR et ainsi lui donner plus de visibilité, force est de constater que l’espace dédié à l’ISR au sein de ce salon ouvert aux épargnants particuliers est encore très restreint…Seuls Ethifinance, BNP ParisBas, le label ISR avaient des stands significatifs. Il est vrai que la semaine a été riche en événements (voir le site de la semaine de l’ISR) et en études sur l’ISR (marché, appropriation par les gestionnaires, connaissances et attentes des français en la matière). On notera que 64% de nos compatriotes aimeraient donner « du sens » à leurs placements, mais que bien peu d’entre eux passent à l’acte du fait à la fois d’un manque d’informations et d’un manque de visibilité de l’offre. La question de la performance des fonds se posant également.

Cette année a été marquée par le lancement du premier prix FIR-Vigéo de l’ISR. J’y reviendrai par la suite. Cette remise de prix à des entreprises « exemplaires » en matière de gouvernance et d’engagements DD a été précédée d’une conférence abordant la thématique de l’ISR d’une façon globale. En voici les principaux enseignements :

La finance peut-elle être un levier positif pour le développement durable ? Oui, justement grâce au développement de l’ISR et des PRI (Principles of Responsible Investments signés par 900 fonds de pension, banques et asset managers au niveau mondial, soit 33 milliard de dollars ou 1/3 de la capitalisation boursière mondiale !). Cet intérêt des investisseurs institutionnels pour l’ISR (encore impensable il y a encore 5 ans) montre bien que les entreprises qui veulent se financer (que ce soit par émissions d’actions, d’obligations ou de dettes) n’ont plus le choix : elles vont être contraintes, pressions législatives ou pas (voir à ce sujet les aléas de l'article 225 du Grenelle2), à mettre en place des politiques de RSE. La montée de l’activisme actionnarial, la pression de la société civile (cf. mouvement des Indignés) ne feront que renforcer cette pression pour un changement durable des business model. Mais il faut faire avec la réalité et apprendre à être patient, les évolutions restant encore trop lentes. Rappelons cependant qu’en 2006, l’ISR était encore vu comme une contrainte et un coût, alors qu’à présent il va devenir « mainstream » (au travers des retraites publiques notamment et de l’épargne salariale).

L’ISR cherche donc à concilier performance financière et valeur ajoutée sociale et/ou environnementale, à travers de critères extra-financiers. Il permet à l’entreprise de mieux gérer ses risques. Certes, l’investisseur ne va pas aussi loin que dans le cas d’un investissement « solidaire » (cf. épargne solidaire, concept de social business) puisqu’il attend un retour sur investissement financier en premier lieu.

Il existe différents types d’ISR, je ne m’y attarderais pas ici : fonds d’exclusion (plutôt anglo-saxons), best-in-class (Europe), thématiques (énergies renouvelables, carbone, biodiversité), engagement actionnarial (USA). Tous se basent sur les critères ESG. La gouvernance est sans doute LE critère clé, car beaucoup vient de l’exemplarité des dirigeants de l’entreprise et du degré de transparence. Cela a une influence sur les autres critères : sociaux (formation, bien-être au travail, achats durables) et environnementaux (déchets, efficacité énergétique). Qui dit critères ESG dit évaluation extra-financière et donc valorisation du capital immatériel dont nous avons parlé plusieurs fois sur ce blog (personnel, marque, loyauté et fidélité des clients, relations fournisseurs et autres parties prenantes, etc.). La valorisation « financière » de ce capital « immatériel » au bilan des entreprises sera la clé de la future compétitivité des entreprises, sitôt qu’on aura les outils comptables adéquats et une fiscalité « verte » correspondante qui découragera les mauvais comportements et donnera un vrai prix à l’ensemble de la chaine de valeur. Encore une fois, les entreprises les plus proactives en la matière seront les gagnantes de demain. Notons que beaucoup de TPE/PME sont déjà engagées de façon durable en matière de RSE sans s’encombrer de tous les processus de reporting. (Je pense d’ailleurs à ce sujet que le reporting exhaustif doit rester obligatoire » pour les grandes structures, les plus petites pouvant adapter et alléger les modèles). L’indice Gaïa, composé de midcaps a surperformé par rapport aux entreprises du sbf120 et du cac40 (voir étude Ethifinance). Et les entreprises bien classées dans le palmarès « best place to work » ont également de meilleures performances boursières.  Vous avez dit « small is beautiful » ??

Le label « Novethic » est unique au plan européen. Il montre que la gestion ISR est rentable, même si cela dépend des secteurs, des gérants de fonds et de l’environnement économique…d’où l’importance justement des critères extra-financiers.

Revenons-en maintenant au prix FIR-Vigéo :

En introduction, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre en charge de l’écologie et du dd, a parlé de « succès » pour qualifier la semaine de l’ISR. En ces temps de crise, il apparaît comme une solution, en parallèle aux nouveaux indicateurs de richesses (autres que le PIB) et à une vision long-terme. On a besoin de donner du sens à l’économie et donc de nouveaux  modèles pour que la finance finance l’économie réelle avec des critères ESG pour cela, l’implication des réseaux bancaires et des sociétés de gestion est essentielles pour populariser le concept de l’ISR auprès des particuliers. Cela ne se fera pas sans un grand ménage au sein des banques (nouvelles façons de rémunérer leurs conseillers notamment).

Montrer que « l’ISR marche », tel est l’objectif de ce prix FIR-Vigéo, a déclaré Nicole Notat, responsable de Vigéo. L’accent a été mis cette année sur la gouvernance (transformation des organes de décision), avec application de critères RSE (au niveau des rémunérations, des risques et de la réputation). 3 prix à caractère honorifique (les lauréats ne se sont pas portés candidats) ont été décernés :

  1. Prix Eurostoxx 50 remis à Unilever : son président, Bruno Witwoët, a rappelé ses engagements en matière de RSE (sustainability 2020, voir mon article du 9 décembre dernier) ;
  2. Prix Sbf 120 remis à Rhodia : son P-DG, Jean-Pierre Clamadieu, a aussi rappelé que son groupe « porte le DD en son cœur » ;
  3. Prix Cac40 remis à Vivendi : son président du directoire, Jean-Bernard Lévy, a reconnu que Vivendi n’avait pas toujours été « exemplaire en matière de gouvernance » ( !!), mais que désormais, le DD, c’est quelque chose de « concret », au travers de 3 engagements : accompagner la jeunesse dans les utilisations du numérique, réduire la fracture numérique et favoriser la diversité culturelle et la juste rémunération des producteurs…

 

De beaux discours, certes en grande partie sincères. Que ces prix soient un outil pour stimuler tous les autres acteurs économiques d’aller encore plus loin en matière de Responsabilité !

Attendu depuis des mois, issu des concertations menées dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, la publication du décret d'application concernant le reporting RSE va se terminer comme un soufflé : "tout ça pour pas grand chose" serais-je tenté de dire, car, sous la pression des lobbys, la "concurrence bureaucratique et politique" (entre Bercy et le ministère de l'environnement et du dd), le texte qui va être publié s'apparente à la loi NRE de 2001! On croit rêver! Pour se décridibiliser encore plus, le gouvernement ne pouvait faire mieux...

Voici donc le résultat des courses, sachant que seuls nos chers sénateurs pourraient encore faire pression...vu le contexte politique, je doute qu'ils se chargent de sujet.

Toutes ces discussions et réunions pour faire de la RSE un outil de transparence, de gouvernance et de compétitivité auront donc été vaines? Je n'irais pas jusqu'à là, car, encore une fois, à l'image d'autres pays et de la pression des investisseurs et de la société civile, les entreprises qui gagneront demain seront celles qui n'auront pas attendu les lois pour avancer. l'article de mon ami Patrick d'Humières de RSE Management vous explique tout en détail ici.

Reste que tout cela laisse un goût amer qui ne va pas renforcer la confiance dans nos élites politiques! Encore une fois, vive les entrepreneurs! Seuls eux ont assez de vision pour savoir comment se préparer au monde de demain. Les politiques, eux, ne voient que le court terme et leur réelection...

Ne nous laissons pas abattre par les avancées trop lentes en matière de DD, et continuons à agir à notre niveau!

Lors de ma participation au 2ème Parlement des Entrepreneurs d'Avenir en mai 2011 (voir mon article du mois de mai 2011), j'avais pu rencontrer les personnes chargées de réfléchir à la prise en compte des actifs immatériels dans la valeur globale de l'entreprise. Raisonner en long terme et plus seulement en court terme demande de nouveaux outils de mesure comptables, afin de relire le bilan des entreprises. Créer de la valeur durable doit pouvoir se mesurer financièrement...

Voici donc les propositions de ce groupe de travail. La communauté financière va je l'espère lire cela avec intérêt!

Du lundi 10 au vendredi 14, l'ISR sera "à la fête" en France, à l'occasion de la semaine de l'ISR. Tout le programme ici.

Nathalie Kosciosko-Morizet, interwievée dans Les Echos y croit. Mais les français sont encore très peu informés en la matière, alors que c'est là la source d'une économie plus durable et plus humaine.

Quant au reporting extra-financier des entreprises, très lié à l'ISR, s'il progresse, il reste confronté à de nombreux obstacles lié aux choix des indicateurs, à la mobilisation et la formation des managers...et à la crise économique...

Voici une annonce absolument étonnante, mais à replacer dans le contexte de crise de l'emploi aux USA : Starbucks s'engage dans la lutte contre l'exclusion et le chômage au travers du programme "Jobs for USA" avec 5 millions de dollars issus de sa fondation qui seront versés à des programmes communautaires créateurs d'emplois locaux. Voilà une initiative RSE d'envergure, à laquelle Starbucks associe ses clients! On pourrait dire "ensemble, tous unis pour l'emploi!". Nul doute que d'autres marques pourraient immiter cette initiative dans l'avenir...je pense que cet engagement n'est certainement pas du "socialwashing" ni une affaire d'égo personnel. Bravo!

Avancées ou reculs en matière de prise en compte des enjeux RSE-DD par les entreprises? Difficile de répondre à cette question...d'ailleurs sans grand intérêt! Ce qui compte, ce sont les faits réels et concrets...

Ainsi, Deloitte fait état de difficultés et de reculs en matière de prise en compte des enjeux dd-rse au niveau mondial par les grandes entreprises, crises obligent. Mais, comme le soulignent "les Echos", 35 sociétés du Cac 40 publient cette année leurs données extra-financières.

Par contre, Ethifinance, au travers de l'indice Gaïa, montre que les PME sont de plus en plus actives en la matière et que leurs performances s'en ressentent.

je suis rassuré, car cela me conforte dans l'idée que ce sont les TPE/PME qui restent les moteurs en matière de RSE, même si elles en parlent relativement peu. Elles ne s'encombrent pas avec les reportings, elles agissent comme elles l'ont toujours fait : s'intégrer à leur environnement local, être proches de leurs clients et des autres parties prenantes, souci de responsabilité globale.