Comme annoncé au début de ce mois sur ce même blog, j’ai participé au 2ème Parlement des Entrepreneurs d’Avenir à Nantes les 12 et 13 mai derniers dans les locaux d’Advencia. Evidemment, il m’est impossible de vous résumer in extenso l’ensemble des plénières et commissions de travail puisqu’elles avaient lieu en même temps. Je ne vous parlerai donc que de celles auxquelles j’ai assisté, sachant que le site des Entrepreneurs d’Avenir en présentera les synthèses et vidéos.

Alors, que faut-il retenir de ces 2 jours intensifs de travaux entre entrepreneurs engagés dans la RSE et entre acteurs institutionnels et associatifs ? L’objet de ce 2ème parlement était de partager les bonnes pratiques expérimentées par les acteurs ainsi que leurs  idées pour le futur, pour ensuite faire des propositions concrètes pour faire avancer la RSE dans notre pays.  

Le résultat est, à mon avis, largement positif ! Que d’idées et de pratiques (souvent très) innovantes n’ai-je pas entendues au cours de ces 2 jours ! Je reviens de Nantes rempli d’idées opérationnelles à mettre en œuvre. J’ai pu constater que si tous ces entrepreneurs ont au départ des idées utopiques,  ils ne perdent pas pour autant le sens des réalités. Loin de tout prosélytisme, ils ont montré de façon claire que la RSE était source de valeur et de performance durables. S’il faut évidemment que les dirigeants croient dès le départ dans le potentiel d’une démarche DD et qu’ils la partagent avec leurs parties prenantes, tous les acteurs ont leur place pour enrichir et développer les pratiques au fil du temps, dans un esprit d’amélioration continue (on n’est jamais « au top » dans une démarche DD), pour en maximiser les opportunités. Dès lors qu’une comptabilité extra-financière se développera en lien avec la valorisation du capital immatériel des entreprises, le « pourquoi » d’une démarche DD ne se posera même plus : l’entreprise et la Société seront plus riches et l’écosystème autour de l’entreprise sain et durable. Et pour faire avancer les choses, rien de mieux que l’exemplarité et l’innovation. Faire ce qu’on dit, être transparent, curieux. Oser prendre des risques pour être en tête demain, plus compétitif, plus collectif, plus coopératif et plus agile. Amis entrepreneurs, n’attendez-plus ! Regardez autour de vous, entourez-vous, écoutez ceux qui sont déjà en marche, adaptez-vous, innovez, osez ! Bref soyez les vrais entrepreneurs de demain !

J’en viens maintenant au détail des sessions de travail auxquelles j’ai participé.

Plénière d’ouverture :

Après une introduction faite par Frédéric Vidal, directeur d’Audencia et créateur de l’institut de la responsabilité globale, Claude Tendil, président de Générali France (Entrepreneurs d’Avenir a été créé grâce à son soutien), a justifié le rôle pris par Générali en matière de RSE : les assureurs sont des bâtisseurs d’avenir et s’inscrivent par essence dans le long-terme. L’environnement global pèse sur les conditions d’exercice du métier d’assureur. Si Générali s’engage au côté des entreprise en matière de RSE, c’est que les entreprises engagées dans le DD présentent un meilleur profil de risque ! Dans un monde nouveau en pleines mutations, les entreprises ont un rôle de plus en plus vital à jouer en tant qu’institutions au cœur de la société. Dans un monde d’incertitudes, le métier de chef d’entreprise a changé. Les stratégies collectives seront gagnantes (rassemblement,  coopération, voire coopétition entre les parties prenantes) pour créer les innovations citoyennes, sociales, économiques et sociétales durables. Ce début d’une nouvelle Société (cf. les cahiers de l’espérance pour l’économie sociale et solidaire) remet l’humain au cœur de l’activité, recrée du sens, de la confiance, de l’optimisme et du collectif. Pourquoi s’en priver ?

1.Table ronde « ré-inventer l’entreprise, quels modèles, quelle mesure, pour quels progrès ? »

Patrick Viveret nous a fait une introduction….solide ! Au moins, le décor fut planté ! La marginalisation du politique depuis 30 ans au profit du secteur privé est à l’origine des crises que nous traversons.  Pourtant, le « cycle du salut par l’économie » (cf.Max Weber) se termine, avec les questions éthiques, environnementales et sociales qui reviennent sur le devant de la scène, comme pour recréer un équilibre…naturel. Car l’humanité est menacée par sa propre inhumanité et barbarie. Elle a un rendez-vous critique avec elle-même. Aussi, l’économie doit redevenir une science morale, alors qu’il y a eu absence de discernement dans l’activité économique. La question de la « comptabilité du salut » se pose : que voulons-nous ? Des bénéfices (faire le bien, privilégier la force de la vie) ou des pertes (empêcher la vie) ? Il faut ralentir, remédier au dérèglement de la vitesse et de la précipitation. Il faut prendre conscience de notre propre finitude (regarder la « mort » en face) et accepter que notre monde est lui aussi fini. Une croissance infinie n’est donc pas possible. Par contre, on peut vivre plus sobrement, ré-equilibrer les valeurs masculines et féminines, respecter la Nature. Le capitalisme n’est pas un système dont il faut attendre une morale, par contre notre propre morale et éthique individuelles doivent  jouer leur rôle. (rappel : la morale vient de l’extérieur, l’éthique de l’intérieur)…

Un nouveau modèle d’entreprise

Robin Cornelius de Switcher, Marcel Grignard de la Cfdt, François Marty de Chênelet, yann Rolland de Bel’m, ont partagé leurs pratiques et leur vision d’une entreprise plus durable et responsable. Et notamment sur la thématique de l’employabilité de tous. Ils ont mis l’accent sur la vigilance dont il faut faire preuve en la matière, car la recherche de la performance à tout prix est source d’exclusions. Il faut créer un contexte de bienveillance. Le social n’est pas une variable d’ajustement, l’entreprise doit être au service de l’homme. Le chef d’entreprise doit savoir écouter et rendre compte aux salariés. L’employabilité doit s’inscrire dans la lettre de mission des managers. Et à chaque salarié, un parcours. Ainsi, de grands projets peuvent se réaliser : Vivre ensemble, donner envie de faire (plutôt que de « contraindre à faire »), réfléchir à ce qui fait sens. Se poser la question « quels objectifs de progrès partagés ? » pour créer une performance collective, source de fidélisation, de bien-être, de motivation, de fierté au travail. Oui, c’est une révolution : l’entreprise doit servir à épanouir l’homme ! L’appartenance, l’intérêt commun et la cohésion sont à bâtir tous les jours, mettant ainsi fin aux logiques d’affrontements et d’exploitation pour aller vers des logiques de collaboration. Même s’il ne faut pas nier les confrontations naturelles. L’entreprise ne doit plus être « polluée par l’argent », les écarts de salaires doivent se réduire.   

Intervention de Nicolas Hulot :

Evidemment, ce fut la surprise de ce parlement ! A un an des présidentielles de 2012, quel message allait-il délivrer ? Et bien je dois dire que j’ai été séduit : aux questions des entrepreneurs, Nicolas Hulot a répondu « nouveau projet de société », à contre-courant des dérives et remèdes actuels. Dans un monde interconnecté, les demandes d’équité, de droits et de richesses s’accroient (cf. Chine, pays arabes). Or les inégalités et la pauvreté augmentent. On ne peut plus ajouter l’humiliation à l’exclusion. Il faut donc mieux répartir les richesses et mieux partager et préserver les ressources. La demande de sens augmente partout, et le DD doit tenter de résoudre l’équation délicate entre croissance et un monde fini. Mais, selon les termes même de Nicolas Hulot, «  l’homme n’a jamais été aussi grand que sous la contrainte, et, c’est jubilatoire, la créativité humaine est déjà en marche pour réinventer le modèle » ! Alors, que faire ?

L’enjeu écologique est lié à l’enjeu social. Les entreprises préfèrent souvent d’abord s’engager « pour l’environnement » car les économies sont assez rapidement visibles. Par contre, les investissements dans le capital humain ne se voient pas tout de suite. Aussi faudrait-il changer toute la fiscalité qui pèse sur l’entreprise et tenir enfin compte des externalités négatives. Alléger le coût du travail, taxer les atteintes à l’environnement. L’efficacité énergétique sera source d’économies et d’emplois non délocalisables. Il faut investir massivement dans les énergies renouvelables et favoriser un mix énergétique plus local. Réduire les flux et l’utilisation de matières (éco-conception, économie circulaire et de la fonctionnalité, etc.), mieux gérer nos déplacements (télétravail, visioconférence, auto partage, etc.). Arrêter la « civilisation du gâchis »…et favoriser le partage, la sobriété. Il y avait du Edgar Morin (« la Voie ») dans l’air ! Quant à l’économie sociale et solidaire, elle doit être favorisée. Associer les salariés aux décisions et au pouvoir dans l’entreprise leur permettrait aussi de mieux comprendre la complexité de notre monde et ainsi de ne pas se réfugier dans des extrêmes aux contours dangereux. Vive le modèle coopératif où la pression des actionnaires extérieurs disparaît !

 

2. Table ronde « comment évaluer et mesurer autrement la richesse dans nos entreprises » ?

Alan Fustec, de Goodwill  Management et président du label Lucie, est revenu sur la valorisation indispensable du capital immatériel.  Je ne reviendrais pas sur sa présentation, puisque c’était la même que celle qu’il m’avait présentée lors de ma matinée à l’Afnor le 4 mai dernier (voir mon article sur ce même blog à ce sujet). Toujours est-il que cette valorisation, très rationnelle, permet d’élargir le spectre…et de vraiment parler de performance globale ! C’est certain, procéder de la sorte, c’est « plus compliqué » que de piloter qu’avec seulement les éléments financiers traditionnels. Il faut se remettre en cause, y croire à fond, mais cela crédibilise sa démarche DD  auprès de toutes les parties prenantes. Couplée à une évaluation Vigéo, Afaq 26000, performance Globale du CJD, ce capital immatériel va prendre tout son sens et son évaluation permettre de mettre en place des plans d’actions pour progresser vers encore plus de responsabilité globale.

Michel Veillard, du Club DD du Conseil de l’ordre Supérieur des Experts Comptables, a soutenu son projet de comptabilité universelle pour un développement soutenable (changer les Ifrs). Il nous faut une comptabilité pour évaluer les biens publics mondiaux, même si l’on ne peut réduire la nature en une logique purement financière. On revient là aussi à la thématique des « autres indicateurs de richesses » que j’avais traitée sur ce même blog au mois de mars 2011. Mais pour l’entreprise, modéliser les gains et les pertes ainsi que celles de ses parties prenantes avec des indicateurs ESG, cela lui permet d’analyser ses impacts sur son écosystème, d’en voir les causes et de remédier aux externalités négatives. Cette comptabilité universelle, en même temps que la création d’un droit spécifique à l’entreprise, négociés avec toutes les parties prenantes, permettraient de créer une comptabilité basée sur le « goodwill » et les amortissements, alors qu’aujourd’hui seuls comptent les profits boursiers comptabilisés selon la « valeur réelle » (les PME ont gardé l’évaluation historique, mais pour combien de temps ?). Au-delà des explications passionnantes entendues, ce qui compte ici, c’est de valoriser l’action d’aujourd’hui, de façon à communiquer sur ses engagements DD. Le choix des indicateurs et de leurs buts est évidemment primordial, à adapter selon les secteurs d’activité. De nombreux travaux sont d’ailleurs en cours à ce sujet (cf. Grenelle 2), sans compter la pression des investisseurs ISR.  Ingénieurs, économistes, scientifiques, auditeurs, etc…devront continuer à travailler ensemble sur ces vastes chantiers si nécessaires à la prise en compte et à la reconnaissance des initiatives RSE de nos entreprises. Et en changeant les compteurs, on changera les méthodes de management ainsi que les façons de construire les richesses.

 

Cérémonie de remise des prix de la responsabilité globale : (par l’institut de responsabilité globale)

La délivrance de ces 5èmes  trophées dans le cadre du Parlement avait bien entendu une résonnance particulière. Le but était de montrer que même des entreprises de moins de 5 salariés peuvent avoir des démarches RSE exemplaires ! Valoriser ces démarches permet de développer des échanges et servir d’inspiration. Vous trouverez bientôt tout le détail de ces projets récompensés avec leurs entrepreneurs sur le site de l’Institut de la Responsabilité Globale. Mais vous pourrez déjà voir les prix des années précédentes…

 

3. Table ronde « faire ses premiers pas dans la RSE, comment s’engager ? »

Comment faire de la RSE un levier stratégique et innovant, source de création de valeur durable ?

Il est ressorti de cette table ronde des propositions très concrètes  dont le parlement se saisira et que vous pourrez retrouver, comme toutes les autres synthèses et propositions d’actions, sur le site des Entrepreneurs d’Avenir d’ici fin mai 2011. Toujours est-il que ce qui est ressorti ici, c’est que l’entreprise était un acteur- clé pour faire bouger les choses. Le DD, c’est « planter des graines » sur 5 axes (cf. piliers du DD) et se poser des questions pour aller plus loin. Il faut adopter une démarche transversale et systémique « gagnant-gagnant » avec toutes les parties prenantes, développer « l’ingénierie sociale » par co-construction entre acteurs ayant des objectifs différents. Autre bonne pratique, il est important d’interconnecter toutes les actions RSE et d’en mesurer les impacts eu égard de la finalité/mission de l’entreprise.  Chaque cas est unique, il n’y a pas de « modèle » préétabli à suivre…Et chaque acteur peut veiller à faire la promotion de la RSE, notamment en direction des créateurs-repreneurs d’entreprises, afin qu’ils puissent dès le départ « démarrer du bon pied » en pensant au long-terme !

Que l’on utilise des outils pédagogiques de sensibilisation (pour parler le même langage, montrer l’exemple et convaincre), des outils juridiques (statut de coopérative) ou des outils techniques (outils 2.0, indicateurs RSE), l’important est surtout de s’entourer (par exemple au moyen de réseaux d’entrepreneurs comme le CJD ou en collaborant avec les collectivités locales, les cci, etc.) et de se demander en quoi la RSE est stratégique pour son entreprise.  Puis, pour avancer, outre les réseaux d’entrepreneurs, s’engager dans des démarches d’audit, d’évaluations, de labels, selon les lignes directrices de l’iso 26000, développer des partenariats avec toutes les parties prenantes pour co-construire sa stratégie. Important aussi, désigner un chef de projet DD, afin de coordonner, suivre et structurer toutes les actions. Car une démarche RSE, bien menée, prend du temps sur la durée ! Tous les petits pas comptent…et c’est du bonheur ! Tout le monde peut déjà commencer en regardant ce qu’il fait en matière de RSE « sans le savoir ». Echanger avec d’autres parties prenantes permet de s’affranchir des craintes et de gagner en visibilité. Comme disait Gandhi, le DD c’est « commencer par se changer soi-même si on veut changer le monde ». Et la RSE justement, permet de « changer la façon de changer » en inventant un nouveau paradigme source de performance. Autrement dit, on se met à « changer le monde en faisant des bénéfices » ESG ! l Et l’iso 26000 s’adresse à toutes les organisations, quelles que soient leur taille et secteur d’activité. Elle constitue un cadre de travail commun et identique à toutes les structures et parties prenantes, un vrai support pour « mieux faire ». Le business plan classique est remplacé par un business case RSE qui permet de se différencier, d’innover et donc d’assurer sa pérennité.

Je terminerai ce long billet par quelques pratiques DD très concrètes qui ont été exposées lors de la dernière table-ronde « des entreprises d’avenir : quels modèles ? ». J’avoue que toutes ces pistes m’ont permis de repartir « gonflé à bloc ! ». En voici quelques-unes :

Obtenir le label « great place to work »; developer les “eco-gestes” par une approche bottom-up; mécénat de competences; analyse du cycle de vie; poser la question suivante aux salaries : “que vous faut-il pour être heureux au travail ? » ; innover et être en lien avec son écosystème de parties prenantes ; faire partie de réseaux professionnels pour partager et faire connaître ses pratiques (ex. escale, cjd, etc.) ; donner du sens à son épargne (microcrédit solidaire avec Babyloan, Micro-Don, etc.) ; changer de regard sur les autres ; prendre en compte les fragilités ; développer les talents et la diversité ; instaurer une gouvernance participative ; viser la neutralité carbone ; faire partie du club « 1% pour la Planète » ; se faire cautionner par des référentiels extérieurs (Afaq 26000, Lucie) ; adapter les salaires à la conjoncture ; mieux répartir les salaires ; assurer la participation et la propriété des salariés de leur entreprise (« tous dans le même bateau ») ; faire participer les salariés aux grands projets, etc.

 

Conclusion : devenons tous « entrepreneurs d’avenir, engagés collectivement au service d’un monde et d’une Société viables, durables et responsables. Nous avons les outils entre les mains. Il n’y a rien de si compliqué. Il faut juste « revenir aux fondamentaux » de la nature humaine et faire preuve de bon sens et d’ouverture d’esprit !

Vos réactions
Tous les commentaires concernant l'article | 7 commentaires
hyper ecolo le 19 mai 2011 à 10:57

Hyper inttéressant. Analyse appropriée. Bref, 10/10 !

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